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L’Ouest canadien écorche Denis Coderre, le patronat déçu

L’Ouest canadien écorche Denis Coderre, le patronat déçu
TOMA ICZKOVITS / AGENCE QMI

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MONTRÉAL | Les organisations représentant le milieu des affaires se sont dites déçues par l’abandon du projet de pipeline Énergie Est par TransCanada, jeudi.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) estime que cet échec est en partie dû à la «valse d’hésitation» de la part de Québec et Ottawa.

«Entendons-nous bien: un projet peut être acceptable ou inacceptable à la fin d’un processus rigoureux d’analyse, mais dans ce cas-ci, Énergie Est ne s’est même pas rendu à l’étape d’étude détaillée, a mentionné Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du CPQ, par communiqué. Or, les mécanismes d’examen doivent être clairs, prévisibles et réalistes dans le temps – faute de quoi, comme on le voit, ça se traduit par l’avortement d’un projet, aussi porteur soit-il.»

Il n’a pas non plus été tendre envers l’Office national de l’Énergie qui a dû reprendre à zéro l’analyse du dossier, lorsque deux de ses commissaires se sont placés en conflit d’intérêts.

«Que l’on ait été pour ou contre le développement de ce pipeline, une analyse en profondeur est impérative pour éviter de répéter la même saga, et cela inclut un examen sans complaisance du rôle de juge et parti qui semble avoir été joué par les organismes de réglementation, comme l’Office national de l’Énergie», a ajouté M. Dorval.

Coup dur à l’économie

Pour la Chambre du commerce du Canada, la fin de ce projet est un «coup sérieux à l’économie canadienne».

«Énergie Est aurait créé des milliers d’emplois et des milliards de dollars en revenu dans l’économie canadienne, a dit le président de la Chambre, Perrin Beatty. Il s’agit d’une grande déception et un pas en arrière afin de construire des infrastructures vitales pour envoyer les ressources canadiennes vers les marchés.»

M. Beatty a souligné que la mise au rancart de cet oléoduc coûterait surtout des emplois en Atlantique, une région qui en a bien besoin.

Unifor aussi déçu

Le syndicat Unifor a lui aussi déploré la mort de ce projet en mentionnant qu’il aurait permis de créer de bons emplois.

«Contrairement à d’autres projets de pipeline qui sont sur la table, Énergie Est avait des bénéfices significatifs pour les Canadiens», a dit Jerry Dias, président d’Unifor, par communiqué, qui réclame la mise sur pied d’une stratégie énergétique nationale.

«Il semble que l’Office national de l’Énergie n’a aucune idée comment gérer le secteur canadien du gaz et du pétrole, donc c’est le temps de changer le système», a-t-il ajouté.

 

Plusieurs politiciens de l’Ouest canadien ont pris le maire de Montréal pour cible.

 

«Dégoûtant. Denis Coderre se félicite d’une décision qui rend sa ville plus dépendante au pétrole provenant de zones de conflit», a dénoncé le politicien albertain Jason Kenney.

Son adversaire dans la course à la chefferie du Parti conservateur uni de l’Alberta, Brian Jean, en a rajouté une couche. «Un maire verse 8 milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve, profite des milliards de l’Alberta et célèbre l’importation de pétrole des dictatures», a dit l’élu provincial sur Twitter.

M. Jean a ensuite ajouté: «La péréquation est brisée. Les Albertains ne devraient RIEN verser aux politiciens du Québec qui s’opposent à nos industries.»

Habitué des déclarations cinglantes, le premier ministre de la Saskatchewan Brad Wall a complètement ridiculisé le maire de Montréal: «C’est une bonne chose que l’hypocrisie de M. Coderre n’ait pas besoin d’un pipeline pour être véhiculée, car il serait très gros et sa construction ne serait jamais approuvée.»

Le PDG par intérim de la compagnie Pétrolia s’est également mis de la partie en proposant la fin des transferts d’argent de l’Ouest canadien vers l’est du pays. «Réveillez-vous l’Alberta. C’est le temps de mettre au défi le reste du Canada. Fini les paiements de péréquation pour l’Est», a lancé Martin Bélanger dans un message qu’il a depuis supprimé sur Twitter.

M. Bélanger, qui a déjà travaillé pour TransCanada, vit en Alberta.

Rachel Notley «profondément déçue»

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, n’a pas caché son mécontentement jeudi après l’abandon d'Énergie Est par TransCanada.

«Nous sommes profondément déçus de la décision, a-t-elle fait savoir, rappelant qu’elle appuyait la construction de l’oléoduc depuis le tout début. C’est un dénouement malheureux pour les Canadiens.»

Particulièrement attendu dans l’Ouest canadien, le pipeline Énergie Est aurait transporté, chaque jour, 1,1 million de barils de pétrole brut de l’Alberta ou de la Saskatchewan à destination de raffineries situées dans l’est du pays. «Nous croyons que ce projet aurait bénéficié au Canada en entier grâce à de nouveaux emplois, des investissements et une plus grande sécurité énergétique», a rappelé Mme Notley.

Si l’élue néo-démocrate dit comprendre les raisons environnementales derrière l’élargissement récent des critères d’évaluation de l’Office national de l’énergie, elle appelle l’organisme fédéral à «envoyer un message clair» au sujet des processus à venir dans d’autres projets.

«Les investisseurs ont besoin de confiance», a conclu la première ministre.