/opinion/columnists
Navigation

Prière de ne pas tuer les séparatistes, svp

POL-CARTES SUR TABLES
Photo Agence Qmi, Sébastien St-Jean Le commentateur politique Luc Lavoie est dans l’eau chaude depuis mardi.

Coup d'oeil sur cet article

Luc Lavoie a l’habitude du commentaire matraquant. Il ne fait pas dans la dentelle. Ceux qui le suivent savent par ailleurs qu’il exècre particulièrement les souverainistes. Il ne cache pas son mépris à leur endroit. Il les conspue. Il les déteste.

Mais mardi, il s’est échappé, et de manière spectaculaire. Dans le cadre de l’émission La Joute, évoquant la chasse aux écureuils en milieu urbain, il en a profité pour ajouter qu’il aimerait bien s’adonner à la chasse aux séparatistes, mais que ce n’est pas permis.

Malaise

Comme qui dirait : malaise. Gros malaise.

La déclaration a naturellement fait scandale sur les médias sociaux. On comprend pourquoi !

On sait bien que c’était une blague, de la catégorie blague-de-taverne-de-mononcle-fédéraliste.

Personne ne s’imagine un instant que Luc Lavoie ressemble de près ou de loin à un assassin. On ne lui fera pas un mauvais procès. On ajoutera aussi qu’il s’est très rapidement excusé, et que c’est à mettre à son crédit.

Convenons néanmoins qu’en général, ce n’est pas très drôle d’en appeler au massacre des gens sur la base de leur opinion politique, et ce l’est encore moins quand on se souvient des événements du Métropolis en 2012.

Imaginons le conteur. « C’est l’histoire d’un gars qui abat 12 péquistes qui pissent le sang ! » Quoi ? Vous ne riez pas aux jokes de fusillade ?

La police vient d’ouvrir une enquête à son sujet. Et pour l’instant, Lavoie est suspendu de LCN.

Imaginons un seul instant que Lavoie ait plutôt lancé un appel à la chasse aux Noirs, aux musulmans, aux juifs, aux homosexuels ou aux trans. Personne n’aurait alors cherché à relativiser cette déclaration. On y aurait vu un discours haineux, point final.

On ne l’aurait pas suspendu temporairement des ondes. On l’aurait viré tout simplement de l’espace public. On le décréterait infréquentable. On ne voudrait même pas entendre ses excuses. À jamais, il serait proscrit de nos débats collectifs.

Étrange Québec de 2017, où la haine du souverainiste est un peu moins scandaleuse que les autres haines.

Faut-il pour autant lyncher Luc Lavoie, le classer à jamais parmi les pestiférés obligés de camper dans les marges de la vie publique ?

Lynchage

Sa déclaration débile a suscité une vague d’indignation. C’était nécessaire. Mais dans la mesure où nous savons, au fond de nous-mêmes, que Lavoie a fait une blague et qu’il n’y a pas vraiment d’ambiguïté en la matière, ne faut-il pas en tenir compte ?

Et pour peu qu’on veuille croire à ses profonds regrets, faut-il d’un coup détruire sa carrière et sa vie pour le faire payer à jamais son dérapage ? Non. Il faut raison garder et éviter de transformer ce dérapage en occasion de règlement de comptes.

Lavoie n’est pas un assassin. Ce n’est qu’un commentateur politique exagérément abrasif et sans nuance qui a des crises de rage antipéquiste et qui se permet, lorsqu’il se sent à l’aise, de pratiquer l’humour ordurier.