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Les épousailles sélectives

Gabriel Nadeau-Dubois avec Sol Zanetti.
Photo Simon Clark Gabriel Nadeau-Dubois avec Sol Zanetti.

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Les rapports tourmentés entre Québec solidaire et le Parti québécois prennent des proportions quasi bibliques. Comme Pierre dans la bible, c’est en effet par trois fois que les solidaires ont renié le PQ sans broncher.

Au printemps, les solidaires ont assené une première gifle au PQ en refusant toute forme de convergence. La deuxième a frappé quand des dirigeants de QS ont renié leur signature au bas d’une feuille de route commune sur l’indépendance. La troisième est la nouvelle entente de principe visant la fusion de QS et Option nationale.

Un projet de fusion entre deux petits partis peut sembler anodin. Dans ce cas-ci, il n’en est rien. Ce projet confirmant l’isolement croissant du PQ dans le coin « souverainiste » de l’arène politique.

Trois facteurs

Chez QS, trois facteurs expliquent son bye-bye au PQ. 1) La baisse de ce dernier dans les intentions vote. Troisième dans les sondages, le PQ est doublé par la CAQ comme « alternative » possible aux libéraux. Plus les appuis du PQ chutaient, moins il était attirant.

2) Gonflé à bloc par l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois, QS mise dorénavant et uniquement sur sa propre croissance, réaliste ou non. D’où ses épousailles sélectives avec Option nationale, lequel ne risque pas de lui faire de l’ombre.

3) Une profonde méfiance envers le chef péquiste Jean-François Lisée, vu comme un tacticien trop changeant. Rappelons aussi que QS est le produit direct de l’ère Bouchard. Opposés au virage à droite du PQ sous Lucien Bouchard, des militants de gauche ont préféré créer leur propre parti.

De son côté, Option nationale, fondée en 2011 par l’ex-député péquiste Jean-Martin Aussant, est né de l’opposition de plusieurs souverainistes au grand flou de l’ère Marois sur sa propre option. Or, Jean-François Lisée est associé de près aux ères Bouchard et Marois. Son report du référendum ne faisant rien non plus pour séduire Option nationale.

Orpheline

On pourrait certes épiloguer longtemps sur quel parti, dans toute cette histoire tordue, a eu tort ou raison. L’important ici est de prendre conscience de l’ampleur de l’affaiblissement d’une option souverainiste déjà fragile qui en résulte.

Depuis le dernier référendum, cette option est peu à peu devenue orpheline d’un parti politique capable de prendre le pouvoir et, surtout, déterminé à la faire progresser dans l’opinion par des actions concrètes.

La multiplication des partis dits souverainistes en est le premier symptôme. L’isolement du PQ en est le second. La chamaille contre-productive entre QS et le PQ en est le troisième. La création et la montée de la CAQ en sont le quatrième.

Même si les libéraux perdaient le pouvoir le 1er octobre 2018, leur espoir est de se voir au moins déloger par un autre parti fédéraliste. Que la CAQ se dise aussi « nationaliste » ne les inquiète guère. Du moment où François Legault n’est plus souverainiste, une victoire possible de la CAQ prend sûrement pour eux des airs de moindre mal.