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La cimenterie Lafarge au cœur d’une vaste enquête

L’entreprise aurait indirectement financé le djihad

Une association anticorruption demande que l’ex-ministre français Laurent Fabius soit entendu dans l’affaire.
Photo d'archives, AFP Une association anticorruption demande que l’ex-ministre français Laurent Fabius soit entendu dans l’affaire.

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Paris | (AFP) L’ONG Sherpa a demandé l’audition par la justice de l’ex-ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius dans l’enquête sur Lafarge, le cimentier mis en cause pour avoir indirectement financé notamment l’organisation djihadiste État islamique (ÉI) en Syrie, a-t-on appris vendredi.

L’association anticorruption, qui avait déposé plainte avec onze anciens employés syriens de la cimenterie, a demandé que l’actuel président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius, l’ancien ambassadeur de France en Syrie Eric Chevallier et l’actuel diplomate responsable du dossier syrien au Quai d’Orsay (ministère français des Affaires étrangères), Franck Gellet, soient entendus par les juges d’instruction, a indiqué Marie-Laure Guislain, responsable du contentieux au sein de l’ONG.

Vaste enquête

Lafarge, une compagnie dont le Québécois Paul Desmarais Jr est administrateur et actionnaire, est au cœur d’une enquête sur les liens qu’il a pu entretenir avec des groupes armés en Syrie, notamment l’ÉI, pour continuer à faire fonctionner sa cimenterie de Jalabiya (nord de la Syrie) en 2013 et 2014, malgré le conflit. En septembre 2014, l’ÉI s’était finalement emparé du site.

Entendus par les douanes judiciaires chargées de l’enquête, menée depuis juin par trois juges d’instruction, d’anciens responsables du cimentier ont affirmé que cette volonté de rester coûte que coûte dans le pays en guerre avait reçu l’aval des autorités françaises.

« Le Quai d’Orsay dit qu’il faut tenir, que ça va se régler. [...] On allait voir, tous les six mois, l’ambassadeur de France pour la Syrie et personne ne nous a dit : “Maintenant il faut que vous partiez” », a ainsi relaté Christian Herrault, ex-directeur général adjoint opérationnel, d’après une source proche du dossier.

« L’enquête judiciaire en cours permettra de faire toute la lumière sur ces allégations », a réagi une porte-parole du Quai d’Orsay.

Selon un ancien responsable du groupe, la branche syrienne de Lafarge, Lafarge Cement Syria (LCS), aurait notamment versé « de l’ordre de 20 000 dollars » par mois à l’organisation d’Abou Bakr al-Baghdadi pour que cette dernière laisse circuler les camions du cimentier.

À ce jour, quatre anciens employés syriens ont été entendus par les magistrats instructeurs.

Power Corp et Paul Desmarais Jr

Rappelons que Power Corporation, contrôlé par la famille Desmarais, est un actionnaire indirect de poids dans le géant du ciment LafargeHolcim. Paul Desmarais Jr, cochef de la direction de Power Corp, siège en outre au conseil d’administration de Lafarge depuis 2008.

— Avec Le Journal