/opinion/columnists
Navigation

Le silence des hommes

Harvey Weinstein
Photos d’archives, AFP Harvey Weinstein

Coup d'oeil sur cet article

Le prédateur sexuel Harvey Weinstein devra se réfugier au fond d’une grotte dans les montagnes Rocheuses s’il veut passer inaperçu. Car, sur la planète entière, sa triste célébrité déborde maintenant le milieu du cinéma et des Oscars où il vient d’être déclaré persona non grata.

Soyons réalistes. En Arabie saoudite et ailleurs où les femmes sont corvéables pour les mâles et où on exerce le droit de cuissage, les exploits de Weinstein n’énervent pas le poil des jambes des hommes.

Mais dans nos sociétés, le silence plombé des hommes ne peut pas rester anecdotique. Car il est clair que Weinstein appartient à une race d’hommes qui n’est pas en voie d’extinction.

Révolution sexuelle

Dans les grands débats des années soixante où les femmes militantes de la révolution sexuelle brandissaient à bout de bras leur soutien-gorge à la manière d’un drapeau, certaines, innocentes, affirmaient que dès lors le viol n’existerait plus. Les hommes n’auraient pas besoin de violer les femmes puisque tant d’entre elles seraient consentantes. Finis les interdits sexuels. On jouissait sans contraintes.

Or, la révolution sexuelle a été infiniment plus profitable aux hommes qu’aux femmes. Socialement d’abord, car une femme qui couche à tout venant sera accusée de nymphomanie, alors qu’un homme dont la braguette est toujours prête à être baissée sera qualifié de symbole de virilité.

Lorsque les femmes étaient confinées dans leur foyer sous le contrôle de leur époux, elles risquaient d’être moins harcelées. Dans mon enfance, les curés mettaient en garde contre le travail des femmes à l’extérieur du foyer, car la famille pouvait éclater et les femmes seraient livrées au désir pulsionnel de leurs compagnons de travail. Tout cela s’est avéré, n’est-ce pas ? Cette mise en garde comporte une part de vérité, mais c’est le prix à payer pour libérer les femmes.

Cependant, elles ont été naïves de croire qu’il suffisait de vivre désormais leur sexualité à leur guise. Car les Weinstein ou les Strauss-Kahn en France et tous ceux qui se terrent actuellement ou se taisent sachant ce que l’on pourrait leur reprocher continuent de sévir.

Malaise

Le malaise des hommes est palpable lorsqu’on lit leurs déclarations autour de l’affaire Weinstein. La plupart des acteurs qui se sont exprimés l’ont fait trop tard. Car le merveilleux monde du show-business était depuis des lunes au courant.

Il y a aussi des femmes qui gardent le silence. Elles ont honte peut-être d’avoir usé de leur séduction et d’avoir consenti à des gestes obscènes pour obtenir une faveur ou un emploi.

Mais il reste que ce sont en majorité des femmes qui dénoncent actuellement ces agressions sexuelles. Même au Québec, dans les médias, les confrères se font discrets. Certains par gêne et malaise, mais d’autres parce qu’ils ont en mémoire des agissements dont ils ne sont pas très fiers. Parce qu’ils savent aussi qu’un jour, à une heure précise, une femme peut raconter leurs « exploits » et faire basculer leur vie.