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Éducation et petit côté "sexy"

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Photo d'archives, Chantal Poirier

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Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, rencontrera l’animatrice Kim Rusk dans la foulée de la parution de son livre J‘M les TDAH pour s’entretenir du sujet avec elle. Selon les prétentions de l’animatrice, elle aurait des propositions pour changer le système d’éducation au regard des élèves diagnostiqués ayant un trouble déficitaire d’attention et d’hyperactivité. Au diable les spécialistes et les praticiens en adaptation scolaire, le ministre ira s’abreuver aux états d’âme d’une animatrice de la même manière qu’il l’a fait avec d’autres entrepreneurs ayant flairé un filon profitable dans l’exploitation de nos systèmes publics.

Cette quête du glamour caractérise notre ministre de l’Éducation depuis sa nomination. Il a fait introduire dans les règles budgétaires un paramètre qui force les écoles à recourir aux services de l’entreprise de Pierre Lavoie pour bénéficier d’un budget ayant trait à l’activité physique plutôt que de s’en remettre à l’autonomie des établissements scolaires. Toujours animé de cette quête, le ministre a également octroyé un budget de 5 millions de dollars à trois vedettes, Ricardo Larrivée, Pierre Thibault et encore Pierre Lavoie, pour réinventer l’école de demain. Il semble plus "sexy" pour le ministre de s’afficher avec quelques vedettes au lieu de se présenter avec du personnel scolaire qui lui ferait part des besoins matériels pour les écoles du 21e siècle.

L’attitude du ministre conforte le propos de ma collègue Martine Desjardins dans sa chronique sur le côté non sexy de la santé mentale et le manque de soutien ministériel qui en découle. Elle reprenait le cri du cœur du président du Conseil de la protection des malades qui déplorait les carences de services pour les enfants ayant un trouble du spectre de l’autisme parce qu’il ne semble pas y avoir de gains électoraux à court terme. Vers quel monde nous dirigeons-nous, si les ministres modulent leur vision stratégique et leurs décisions au gré de la conjoncture et du politiquement payant?

À la lumière de l’action gouvernementale, le collègue Martineau pourra continuer de s’offusquer sur les dépenses questionnables des ministères et sur leurs objectifs non atteints. Il ne faudrait pourtant pas s’en surprendre et il faudrait surtout cesser de casser du sucre sur le dos des fonctionnaires, alors que ce sont les politiciens qui changent les cibles à la vitesse de leurs envies et de leurs angoisses. C’est ainsi qu’il devient illusoire d’attendre des administrateurs une planification stratégique cohérente avec des indicateurs qui permettront d’apprécier la justesse des décisions et des dépenses lorsque les décideurs politiques carburent à la popularité.

Dans un monde idéal, les élus sont au service des citoyens contrairement à ce que nous observons aujourd’hui, alors qu’ils se consacrent principalement à l’édification de leur personne. Le ministre Proulx se révèle donc un habile politicien, il est toutefois peu probable que nous l’inscrirons au panthéon des grands ministres de l’Éducation.