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Autos plus vertes grâce au Québec

Du lithium québécois moins polluant pourrait propulser les voitures électriques de demain

L’usine de Némaska Lithium, située à Shawinigan, pourrait contribuer à rendre la construction des voitures électriques moins polluante et moins chère.
Photo Courtoisie Nemaska Lithium L’usine de Némaska Lithium, située à Shawinigan, pourrait contribuer à rendre la construction des voitures électriques moins polluante et moins chère.

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Une entreprise québécoise promet de rendre les batteries des véhicules électriques plus vertes que jamais en fournissant le lithium le moins polluant et le moins cher au monde.

La voiture électrique est 25 % plus nuisible pour l’environnement lors de sa construction que celle à essence en raison du poids des ressources minérales dans sa fabrication, d’après une étude commandée par Hydro-Québec. La voiture électrique est cependant plus verte sur la durée de vie puisqu’elle n’utilise pas d’essence pour avancer.

Mais Nemaska Lithium, une société minière junior de Québec, a mis au point un procédé unique au monde qui pourrait rendre la fabrication des batteries plus vertes, grâce à l’hydroélectricité.

Nemaska Lithium exploite un des plus importants gisements de spodumène de la planète, un minéral duquel est extrait le lithium. La mine est située sur le territoire de la Baie-James et le minerai est transformé à Shawinigan.

Moins de produits chimiques

Ses ingénieurs ont mis au point un procédé qui leur permet de produire du lithium grâce à l’électrochimie plutôt que la chimie conventionnelle. Cette technique réduit de 75 à 80 % la quantité de produits chimiques nécessaires dans la chaîne de production.

La mine a de fait un parc de résidus réduit et n’a aucun bassin de rétention d’eau contaminée, explique Guy Bourassa, président et chef de la direction de Nemaska Lithium.

Cela diminue le risque de déversement, comme il s’en est produit sur le site de Québec lithium en 2013. La première fois, 50 millions de litres d’eau contaminée ont été déversés en raison de la rupture de la membrane d’un bassin de rétention. La seconde, 500 000 litres se sont échappés d’une conduite transportant des résidus.

Des millions en redevances

Bertrand Schepper, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques, souligne que l’aventure Québec Lithium a jeté de l’ombre sur ce minerai, pourtant considéré comme « l’essence du futur », selon Goldman Sachs.

« Historiquement, ce sont des entreprises qui paient moins de redevances que ce qu’elles reçoivent en subventions », critique M. Schepper. Québec Lithium a fait faillite en 2014 en engloutissant 320 M$, dont 65 M$ de fonds publics.

Nemaska Lithium, elle, promet 825 M$ en redevances sur 26 ans, 805 M$ en impôt fédéral et 639 M$ en impôt provincial, pour 28,6 M$ en subventions.

L’entreprise enverra ce mois-ci des échantillons de son lithium unique au monde d’un bout à l’autre de la planète afin de garnir son carnet de commandes.

Déjà, « les propositions qu’on a reçues excèdent notre capacité de production », se réjouit M.Bourassa. « Il y a 17 méga-usines de fabrications de batteries dans le monde, et toutes sont en manque de matière première », sourit l’entrepreneur qui compte bien profiter du boom.

La demande mondiale de lithium devrait plus que doubler d’ici 2025, passant de 209 000 tonnes en 2016 à 534 000 tonnes en 2025, selon la Deutsche Bank.

Les pièces d’une voiture électrique nécessitent 25 à 30 % plus de ressources minérales que celles d’une voiture à essence, en particulier de l’aluminium, du cuivre, du lithium et du cobalt.

La Baie-James pourra-t-elle faire rouler Tesla ?

Guy Bourassa, Président
Photo courtoisie
Guy Bourassa, Président

 

Nemaska Lithium a la capacité de fournir assez de lithium pour produire 300 000 modèles 3 de Tesla par année, d’après le physicien Pierre Langlois de l’Université Laval.

Mais le président et chef de la direction de l’entreprise québécoise ne voit pas Tesla comme une panacée, au contraire.

« Tesla, c’est une histoire, mais ce n’est pas l’Histoire », insiste Guy Bourassa.

Il explique que le géant américain qui ouvrira prochainement une giga usine au Nevada souhaite s’approvisionner en lithium en Amérique du Nord, mais n’est pas prêt à payer le prix du marché pour ce minerai rare.

De plus, Tesla veut concentrer son approvisionnement auprès de trois fournisseurs, indique M.Bourassa.

En signant avec l’entreprise américaine, Nemaska Lithium s’engagerait donc dans une relation de dépendance avec un client qui aurait la main mise plus de 25 % de sa production.

Diversification

« On préfère diversifier nos clients », dit M.Bourassa avec prudence.

« Ce n’est pas nécessairement un fabricant de voitures qui sera notre cible, mais également des grands fabricants comme LG ou Panasonic », explique l’homme d’affaires.

Avec un client comme LG, le lithium québécois pourrait propulser la Bolt et la Volt de GM, dont les batteries sont signées LG Chemical.

Une partie de la production de Nemaska Lithium est déjà destinée au fabricant britannique de batteries, Johnson Matthey, qui possède une usine à Candiac.

Grappe industrielle

« L’intérêt, c’est que ce n’est pas uniquement de l’extraction, mais aussi de la transformation. Il faut souhaiter que ça engendre la création d’une grappe industrielle au Québec, à long terme », commente Bertrand Schepper, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques.

« On pense qu’avec la mise sur pied d’un producteur fiable, ça va intéresser les fabricants de cathodes (pièce de batterie) à venir s’installer », indique M.Bourassa.

Empreinte de la voiture électrique au Québec

( comparaison avec la voiture à essence )

  • 25 % plus nuisible en consommation de ressources minérales
  • 65 % moins nuisible en émissions de GES
  • 58 % moins nuisible à la qualité des écosystèmes
  • 29 % moins nuisible à la santé humaine

Sources : CIRAIG/Hydro-Québec