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Le Québec redevient-il une colonie?

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Photo d'archives Le Québec redevient une économie de succursales.

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En politique, il faut avoir l’art de maquiller les catastrophes en opportunités. Il faut le faire sans gêne, avec culot, avec aplomb, même. Alors, on est blindé et on peut faire une longue carrière.

Chaque fois qu’un bloc de béton vous tombe sur la tête, souriez et dites qu’en fait, c’est une pluie de poudre d’or. Et à ceux qui ne chantent pas comme vous les jours heureux, accusez-les de pessimisme et de miner le moral de leurs concitoyens. Vous aurez en plus le privilège d’accuser vos adversaires de faire la grise-mine.

C’est tout un art, de faire croire que la réalité n’existe pas ! C’en est un encore plus complexe d’en inverser la signification !

Réalité

C’est à un tel exercice que vient de se livrer Philippe Couillard à propos du mauvais sort qui vient de frapper Bombardier.

Comme on aime dire, Bombardier est un fleuron québécois. Et la C Series était sa fierté. On y voyait la manifestation du génie québécois dans le domaine aéronautique.

Il faut croire qu’Airbus faisait la même lecture, puisque cette compagnie européenne vient de mettre la main dessus pour pas grand-chose. Mais Philippe Couillard ne veut rien entendre : en gros, c’est une bonne nouvelle.

Le génie québécois brillera ! À tout le moins, le pire a été évité. Il voudrait qu’on l’en félicite. Tout ne va pas mal. Tout va bien. Et même très bien.

Allons au-delà de la réaction du premier ministre et voyons le problème dans son ensemble. Ce qui vient de se passer, c’est un nouvel épisode d’une histoire qu’on pourrait appeler « dépossession québécoise ».

Depuis quelques années, les Québécois perdent progressivement le contrôle de leur économie. Les fleurons nationaux passent sous contrôle étranger, et, chaque fois, on veut nous faire applaudir.

Les uns nous disent que si on veut acheter ces entreprises, c’est bien la preuve qu’elles sont excellentes ! Félicitons-nous qu’elles soient autant désirées !

Les autres ajoutent : c’est cela la vie à l’heure de la mondialisation. Faisons de nécessité vertu.

La réalité doit pourtant être rappelée : quoi qu’on pense de la mondialisation, de ses charmes et de ses limites, il est bon qu’un pays maîtrise au moins partiellement ses grands leviers de développement économique.

Dépossession

Si une nation se contente d’une économie de succursales, pour reprendre les mots de François Legault, elle se soumettra peu à peu à une forme de colonialisme économique. On dira peut-être cette expression passée de mode. Mais comment décrire autrement le fait qu’une société renonce peu à peu à la maîtrise de son destin, pour se contenter de se soumettre aux pressions extérieures, qui la modèleront sans tenir compte de ses intérêts ?

Maîtres chez nous ! C’est en brandissant ce slogan que les Québécois ont entrepris la reconquête de leur vie économique et nationale dans les années 1960.

Aujourd’hui, celui qui le revendiquerait se ferait probablement accuser de xénophobie économique et de repli sur soi. Il faudrait pourtant le redécouvrir.