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Bill Morneau: malaise!

POL-BUDGET-OTTAWA
Photo d'archives Bill Morneau

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Le ministre fédéral des Finances s’est extirpé hier de sa position intenable. Sa décision de ne pas mettre dans une fiducie sans droit de regard les actions de son entreprise ne se défendait pas. Son attitude cette semaine face aux critiques fut déplorable.

Lorsque cette histoire a fait surface dans le Globe and Mail, j’ai réagi avec prudence. Les précédents de gens d’affaires faisant le saut en politique sont nombreux. Les règles m’apparaissent assez claires. Je ne comprenais pas ce que monsieur Morneau avait pu faire ou ne pas faire pour se placer dans l’embarras. Les détails connus, l’inacceptable est apparu.

Nous savons maintenant deux choses. Les dangers de conflit d’intérêts étaient aussi réels que sa défense a été médiocre. Il a placé tout le gouvernement Trudeau dans l’embarras. Ce n’est pas un hasard si Justin Trudeau s’est montré aussi distant et agacé en répondant aux questions concernant son ministre.

Bill Morneau vaut des dizaines de millions. Rien de répréhensible, il a eu une brillante carrière dans le milieu des affaires, dans une organisation de grande réputation, Morneau Shepell. En ce sens, sa décision de consacrer des années au service public est plus qu’honorable. Il n’avait pas besoin de cela.

Dangers de conflit d’intérêts

Cela dit, il faut insister sur le fait que Shepell Morneau œuvre dans le secteur des services aux entreprises, comme les assurances, les régimes de retraite et la gestion d’actifs. Le conseil d’administration de l’entreprise est d’ailleurs composé de gens issus du secteur bancaire et des assurances.

En résumé, cette grande entreprise jongle quotidiennement avec des règles qui sont édictées... par le ministère des Finances. Lorsque le ministre des Finances revoit certaines règles du jeu dans le secteur des banques ou des assurances, cela intéresse directement l’entreprise dont il est actionnaire, et encore davantage ses clients.

Il aurait été impératif dès sa nomination de placer dans une fiducie sans droit de regard ses actions dans l’entreprise. Malgré les nombreuses critiques, Paul Martin n’a jamais été dans une position aussi délicate. Sans délai après sa nomination, il avait placé ses actifs de CSL dans une fiducie.

Lâcheté

J’ai détesté la défense de Bill Morneau. D’abord, il faut déplorer son absence jusqu’à hier à la Chambre des Communes, alors qu’à l’évidence, des questions fondamentales lui seraient adressées.

Aussi, son explication plus que douteuse sur le fait qu’il ne détient plus directement des actions de Morneau Shepell. C’est une compagnie à numéro dont il est propriétaire qui les détient en son nom. Une telle acrobatie n’était pas digne d’un ministre des Finances. C’est le même ministre qui ne veut pas que les contribuables utilisent leur compagnie pour se sauver de l’impôt...

Finalement, il a utilisé la Commissaire à l’éthique en jouant sur les mots. Celle-ci ne lui aurait pas « imposé » de placer ses actions dans une fiducie. Il l’a utilisée injustement comme paravent.

Le ministre des Finances va régulariser sa situation. Mais un dommage est fait. Nous restons avec un drôle de goût en bouche.