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Inacceptablement normal

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Quand un géant est frappé par des allégations à caractère sexuel, on se demande comment les gens de son milieu ont pu garder le silence sur ses comportements pendant si longtemps.

On a un beau cas d’étude ici en Gilbert Rozon. En ce qui le concerne, c’était pourtant une chose publique qu’il avait même admise.

En 1998, Gilbert Rozon a plaidé coupable à une accusation d’agression sexuelle. Pour cette infraction, il a obtenu une absolution inconditionnelle. Le monsieur avait souvent affaire à l’extérieur du pays, on n’allait quand même pas l’embarrasser d’un dossier criminel, pensez donc !

Des institutions qui protègent

Quand j’entends dire que des allégations de cet ordre sont l’équivalent d’une mise à mort professionnelle, je pense toujours à ce sympathique M. Rozon.

Il a plaidé coupable, mais ça n’a pas empêché qu’il préside à l’organisation des fêtes du 375e de Montréal avec l’approbation de Denis Coderre. Il a commis des infractions criminelles graves, mais Guy A. Lepage l’invite régulièrement à son émission pour parler de sujets dont il ne connaît rien. Radio-Canada en a même fait un dragon !

On reproche à des gagne-petit de ne pas avoir risqué leur propre avenir professionnel pour dénoncer, mais il y a de gros joueurs qui protègent les agresseurs.

Pourquoi ça arrive ? Parce que de tous les gestes qui font partie du spectre allant de la blague de mononcle au viol aggravé, il y en a une très vaste proportion que notre société considère comme parfaitement normale.

Le violeur parfait

On parle beaucoup du comportement des victimes quand arrive ce genre d’histoires. Quelles sont vraiment leurs intentions ? Disent-elles toute la vérité ? N’ont-elles pas contribué un peu à leurs malheurs ou n’en ont-elles pas tiré quelques avantages ?

En ressort en négatif l’image de la victime parfaite. Faible, vulnérable, habillée comme une couventine et qui aurait bravement résisté au couteau brandi dans un coin sombre.

Son antagoniste ne peut donc être qu’une créature immonde arborant barbe hirsute et filet de bave, le crâne déformé et l’œil torve. Il possède sans doute une vidéothèque de pornographie offrant toute la gamme des perversions, si ce n’est quelques poupées japonaises en silicone.

Or, ce n’est pas ça la réalité.

Déshumanisant

Il n’y a pas d’archétype du harceleur ou de l’agresseur. Ça peut être quelqu’un de bien comme il faut, qui prend soin de son monde et qui brille en société. Ça se peut que ça soit une personne qui n’a même pas l’impression de mal se conduire, mais qui reproduit des comportements déshumanisants que nous réprouvons collectivement beaucoup plus en théorie qu’en pratique.

C’est ça, ce qu’on appelle « culture du viol ». Non pas la prétention que tous les hommes seraient des violeurs, mais plutôt que nous acceptions plein de gestes qui rabaissent les gens à une condition d’objet sexuel pour la satisfaction de ceux qui ont le pouvoir de leur imposer.

Comme de traiter une employée comme une jument. C’est inacceptable, mais c’était juste pour rire !

En gros, des gestes inacceptablement normaux.