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Le hochet identitaire

Dommage que les Monty Python soient à la retraite. Cette histoire ferait un sketch désopilant.
Photo Simon Clark Dommage que les Monty Python soient à la retraite. Cette histoire ferait un sketch désopilant.

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Depuis la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements dits raisonnables, nos gouvernements s’entêtent à démontrer leur désolante ineptie en la matière. Une décennie perdue, ce n’est pas un détail.

Jean Charest multipliait les initiatives mort-nées. La charte des valeurs de Pauline Marois fut un gâchis. Quant à Philippe Couillard, son projet de loi 62 sur la « neutralité religieuse de l’État » est carrément loufoque. On dirait un premier ministre surtout soucieux d’aller en élections avec une loi sur le sujet. N’importe laquelle.

Dans les faits, cette loi n’est qu’un hochet identitaire visant à projeter l’image d’un gouvernement qui « agit ». Le problème est qu’il agit mal. C’est silence radio sur la laïcité. Sur les accommodements, c’est du déjà-connu. L’os étant dans l’obligation de donner ou de recevoir les services publics à « visage découvert ».

Versant dans l’absurde, Stéphanie Vallée, ministre de la Justice, jure que la loi ne vise PAS les rares femmes musulmanes à porter le niqab ou la burqa. À preuve, lance-t-elle sans rire, la loi viserait même les verres fumés ! Dommage que les Monty Python soient à la retraite. Cette histoire ferait un sketch désopilant.

L’arroseur arrosé

La réalité est pourtant la suivante. Il est question ici de « visage découvert » dans une loi sur la « neutralité religieuse » et les « demandes d’accommodements pour un motif religieux ». Bref, ce ne sont pas les mascottes que l’on vise.

Celles que l’on cible sont les quelques femmes qui, à Montréal, portent le voile intégral. La ministre aura beau publier en catastrophe ses « règles d’application », le Bonhomme Carnaval pourra dormir tranquille.

Même l’ironie s’en mêle. Toujours prompt à accuser ses adversaires de souffler sur les « braises de l’intolérance », Philippe Couillard, grand vizir autoproclamé de la tolérance, se voit maintenant accusé au Canada anglais d’être le géniteur d’une loi islamophobe. Pour un docteur, c’est ce qui s’appelle se faire servir sa propre médecine.

Risible et nuisible

Au lieu de reconnaître son erreur, M. Couillard se réfugie derrière ce qu’il appelle la « différence québécoise ». Or, sa loi n’a rien à voir avec la « différence québécoise ». Elle est le reflet de sa propre inaction sur des fronts identitaires nettement plus concrets : la protection de la langue française et, à la limite, une vraie laïcité d’État encadrée avec respect et souplesse.

Quant au voile intégral, il est évident qu’il asservit les femmes. La question est dans la manière la plus éclairée d’y répondre. Doit-on viser par la loi ces mêmes femmes déjà victimes d’oppression ? Ou doit-on plutôt miser sur l’éducation, la mixité sociale et la critique des hommes qui les enferment dans des cages de tissu ? La seconde voie serait plus sage.

La loi du gouvernement Couillard ne règle rien. Pis encore, avec ou sans contestations judiciaires, que ces règles soient sévères ou non, elle s’annonce risible, nuisible ou les deux à la fois. Quand on ne sait pas comment agir de manière constructive, mieux vaut ne rien faire.