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Un herbicide dans votre jus d’orange

Le produit pourrait probablement être cancérigène

Le jus d’orange Tropicana fait partie des marques testées dans une étude.
Photo Marie-Ève Dumont Le jus d’orange Tropicana fait partie des marques testées dans une étude.

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Le verre de jus d’orange que vous buvez et donnez à vos enfants le matin peut contenir des traces de l’herbicide le plus utilisé dans le monde, selon une étude.

Le regroupement Moms Across America aux États-Unis a fait tester une dizaine d’échantillons de jus d’orange auprès d’un laboratoire, pour y détecter des traces de glyphosate, qui se retrouve notamment dans le fameux Roundup de Monsanto.

Les jus testés proviennent de marques que l’on retrouve aussi sur les tablettes canadiennes, telles que Tropicana, Minute Maid ou encore Kirkland, la marque maison de Costco.

Les Canadiens sont d’ailleurs des adeptes de jus d’orange. L’an dernier, ils en ont bu pour 9,32 litres par personne.

« Pas rassurant »

Les échantillons prélevés contenaient des traces de l’herbicide, mais respectaient les normes établies par l’Agence américaine de protection de l’environnement.

« Ce n’est pas rassurant de voir que des traces de glyphosate ont été retrouvées dans tous les jus testés », mentionne Sébastien Sauvé, professeur au département de chimie de l’Université de Montréal.

Aux États-Unis, 90 % des orangeraies sont traitées chaque année au glyphosate pour enlever les mauvaises herbes.

Ce produit est considéré comme « probablement cancérigène », selon l’Organisation mondiale de la santé.

Parmi les échantillons, le taux contenu dans les deux jus Tropicana était tout près de la limite permise.

« On n’est pas en infraction, mais comme on s’approche du seuil toléré, il est possible que, si on testait plus d’échantillons, il y en ait qui dépasseraient la limite. Si j’étais Tropicana, je vérifierais mes sites de production afin de voir d’où peuvent venir ces résidus », insiste M. Sauvé.

Limite trop élevée

Des tests effectués l’an dernier par l’Agence canadienne d’inspection des aliments sur les jus et breuvages avaient permis d’établir que 16 % des échantillons contenaient du glyphosate et que seulement 0,2 % d’entre eux dépassaient le taux permis.

Mais la quantité acceptable de glyphosate est remise en question par des spécialistes.

Un consensus scientifique a été publié récemment sur la question, mentionnant que « la dose journalière tolérable établie pour le glyphosate par les autorités américaines et l’Union européenne est basée sur des données scientifiques dépassées », y lit-on.

« Le problème est que l’on teste seulement l’ingrédient actif, alors que le glyphosate n’est jamais appliqué seul, mais bien avec des coformulants. Une étude du King’s College de Londres mentionne que la toxicité sur les cellules humaines est 10 000 fois plus élevée avec les coformulants qu’avec le glyphosate seul », s’inquiète Maryse Bouchard, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.