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Il raconte ses trois ans dans l’une des pires prisons au monde

Un Québécois entend encore les voix des détenus du Venezuela qui se font assassiner

prison venezuela
Photo Magalie Lapointe Stéphan G. Zbikowski vit à Brossard et profite de chacun de ses instants de liberté.

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Un Québécois raconte dans un livre son cauchemar vécu dans l’une des pires prisons au monde, au Venezuela. Entouré de bestioles, dans le noir, et ayant comme bruit de fond des cris d’hommes qui se font fouetter et poignarder, il a évité des sévices grâce au café apporté par sa mère.

Plus de 20 ans après son incarcération, Stéphan G. Zbikowski se réveille encore la nuit en rêvant qu’il se retrouve à La Maxima de Carabobo, au Venezuela.

Il se revoit allongé sur le sol avec comme seul oreiller un essuie-tout, dans une cellule de 10 pieds sur 10 pieds, le visage boursouflé par les piqûres d’insectes.

Ambassade

Il voit à nouveau les gardiens de prison sortir à l’extérieur avec des détenus décédés, assassinés par d’autres prisonniers. Il entend comme si c’était hier les bruits d’hommes en train de se faire battre et fouetter jusqu’à ce qu’ils ne soient plus capables de marcher.

Malgré les années, l’homme de 54 ans ne peut oublier ce qu’il a vu et entendu.

« Le bruit qu’une personne fait lorsqu’elle se fait poignarder à mort, c’est quelque chose que tu n’oublies jamais. Lorsque tu entends le wahhhhhh, tu le sais que c’est mortel. Ça ne s’explique pas », a raconté l’ancien détenu.

En 1994, M. Zbikowski a été arrêté puis incarcéré pour avoir chargé des contenants de sable séché qui avaient été remplis par son père de plus de 543 kilos de cocaïne.

Il a été reconnu coupable de trafic de stupéfiants et condamné à 10 ans de prison.

Plutôt que d’en appeler de sa sentence, l’ambassade du Canada lui a suggéré de reconnaître sa culpabilité afin d’être rapatrié plus vite. Il est donc revenu au Québec en 1997, où la Commission des libérations conditionnelles l’a libéré en raison du manque de preuves.

Père impliqué?

Stéphan G. Zbikowski venait d’arriver au Venezuela avec sa femme et ses quatre enfants après avoir acheté une compagnie de concassage de quartz lorsqu’il a accepté d’aider son père à effectuer une exportation. Il s’est retrouvé en prison, alors que son père est revenu au Québec pour des raisons de santé.

Son père a toujours nié avoir connaissance qu'il y avait de la drogue dans l'exportation.

«J’étais le seul blanc dans la prison. Il pouvait y avoir parfois jusqu’à 700 détenus. J’ai vécu les pires moments lorsqu’on sortait dans la cour. Les détenus se font des couteaux artisanaux. Ils sont tous armés. J’ai senti que c’était la fin plusieurs fois. Moi, le Canadien incarcéré pour plus de 500 kilos de cocaïne, je leur disais que je n’avais pas d’argent. Ils ne me croyaient pas. Je ne comprends pas pourquoi je suis encore en vie», dit-il.

Il dit avoir survécu grâce à sa mère qui lui apportait de la nourriture et du café.

L’homme de 54 ans avait expliqué aux gardiens qu’ils pouvaient aller se chercher un café chaud dans sa cellule n’importe quand, ce qui lui a évité des coups de fouet.

Tuyaux

L’ex-détenu se rappelle avoir réussi à nettoyer une toilette avec d’autres détenus. C’était la seule fonctionnelle de l’aile. Sinon, les gars faisaient leurs besoins dans les cellules ou sur un morceau de carton.

« La tuyauterie ne fonctionne pas là-bas. Une fois par jour, le personnel faisait partir les tuyaux pour essayer d’évacuer les excréments. L’odeur était tellement insupportable que j’avais appris à me faire un genre d’entonnoir avec mes draps pour respirer durant le traitement », a dit monsieur Zbikowski.

Après toutes ces années, l’homme et sa mère ont décidé de raconter leur calvaire dans le livre intitulé L’enfer derrière les barreaux.

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Photo Magalie Lapointe

 

Il profite de chaque instant

Vingt ans après être sorti de l’enfer de la prison vénézuélienne, Stéphan G. Zbikowski savoure chaque moment de sa vie.

Son séjour dans ce qui est considéré par plusieurs comme une des pires prisons du monde l’a rendu plus fort.

Pendant son incarcération, il a refusé de se laisser abattre par sa souffrance et sa colère. Il s’est battu même sans nourriture dans un environnement où l’odeur d’excréments d’humains est constante.

Sortir vite

Lorsqu’il est arrivé à la prison, M. Zbikowski n’avait qu’un seul but : sortir au plus vite pour ses enfants, sa femme et sa mère.

Dans sa cellule, ayant comme seuls accessoires une toilette bouchée et un tas d’excréments, l’ancien détenu, avec l’aide et le soutien de sa mère, a trouvé des solutions pour survivre pendant deux ans et neuf mois.

La mère de Stéphan G. Zbikowski, Françoise Soucy, a passé plus de cinq mois au Venezuela. L’agente immobilière s’y rendait pour aller porter de la nourriture sèche à son garçon, des essuie-tout et des petites gâteries.

Cinq minutes

« Je pouvais aller le voir cinq minutes, deux fois par semaine. Ce n’est pas beaucoup, cinq minutes. Là, j’en profitais et je lui donnais de la nourriture, directement à lui. Pendant que j’attendais au gros soleil avec tous mes sacs de nourriture, je me faisais voler mes fruits et mes légumes. C’était épouvantable », s’est rappelée Mme Soucy.

Chaque fois, sa mère retournait chez elle inquiète de le voir mourir de faim, de violence ou de maladie.

Aujourd’hui, l’auteur se considère comme très heureux, et surtout, apprécie chaque moment passé auprès des siens.