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L’autorité morale

Les citoyens ne savent plus à qui faire confiance

Periode des questions
Photo Agence QMI, Simon Clark Philippe Couillard

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Que voilà deux mots défraîchis ! Autorité et morale. C’est néanmoins le vide ressenti par la population après un choc comme l’arrestation du député Guy Ouellet. Un élu, un ex-policier champion de la lutte au crime organisé, arrêté en plein milieu d’une journée de travaux parlementaires.

Les partis d’opposition étaient aussi estomaqués que le gouvernement. Des sous-entendus de partout ont remis en cause l’action de l’UPAC. La question qui nous monte spontanément en tête comme citoyens est « À qui peut-on se fier ? » Les élus politiques ? La police ? Les tribunaux ? La population cherche à quoi se raccrocher pour garder un peu confiance.

Normalement, un gouvernement tire son autorité morale de son élection par la population. Il désigne des officiers dans la police et la justice, lesquels tiennent leur autorité morale à la fois de leur nomination par le gouvernement et de la valeur de leur serment d’honneur.

Donc, normalement, même en sachant que des pommes pourries peuvent s’infiltrer ici et là, la population peut avoir confiance globalement dans ses institutions. Nous traversons des années où cette confiance est brisée. Le vacuum d’autorité morale se traduit par des sentiments de découragement et d’insécurité parmi le peuple.

L’affaire Ouellette

Dans l’affaire Guy Ouellette, on ne peut accuser Philippe Couillard de rien. Au contraire, il a bien agi hier en revenant à Québec alors que son agenda devait l’amener directement de Chibougamau à Kuujjuaq. Un satané détour, allez voir sur une carte.

Ceci dit, monsieur Couillard n’adopte plus un ton qui lui permette de regagner une forme d’autorité morale. Lors de la dernière campagne et en début de mandat, Philippe Couillard adoptait un ton non partisan. Il faisait preuve d’une élévation au-dessus de la mêlée, évitait les raccourcis partisans et respectait ses adversaires. Je me souviens l’avoir souligné dans plusieurs analyses.

Hier, alors que l’opposition lui tendait la main concernant le fonctionnement de l’UPAC, ses réponses à l’Assemblée nationale consistaient en un mélange d’insultes aux adversaires et de banalités qui ne touchent pas la question posée. Le caractère partisan de son approche ne convenait pas du tout à une circonstance où les citoyens s’inquiètent pour leurs institutions.

Une approche moins partisane

Dans un dossier comme le fonctionnement de l’UPAC, il devrait au contraire souhaiter une collaboration avec l’opposition. Des gestes unanimes de notre parlement sont plus susceptibles de ranimer la confiance.

Il aurait dû faire la même chose avec sa loi sur la neutralité religieuse. Il aurait pu appeler les chefs des partis d’opposition à une rencontre au sommet, montrer ses efforts pour élargir le consensus sur une question de société délicate. Mettre l’intérêt de la nation devant la joute partisane permet de regagner de la noblesse.

Il devrait se méfier de la partisanerie mal placée. Même s’il n’est aucunement à blâmer dans une saga comme l’arrestation de Guy Ouellette, celle-ci contribue à une atmosphère de désordre et de problèmes éthiques. C’est ce que les citoyens finissent par nommer « usure du pouvoir ». Son pire ennemi.