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Mon témoignage sous niqab

Beautiful Muslim girl wearing burqa closeup
Photo Fotolia Le niqab comme arme de combat salafiste.

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Lors d’un séjour à Dubai en 2008, je n’ai pas résisté à l’envie de m’acheter un niqab.

Je voulais éprouver la sensation que l’on ressent avec cet accoutrement d’un autre âge. Une fois rentrée à Montréal, j’ai cependant rangé le vêtement dans le placard, car psychologiquement je n’osais pas encore le revêtir.

Il y a quelques années, je l’ai enfin mis dans le but de surprendre mes amies féministes. Lors du passage à Montréal de ma très chère Benoîte Groult, l’écrivaine française, j’ai organisé un dîner en son honneur. Une dizaine de femmes, patronnes de chaînes de télévision, journalistes, écrivaines et juges se sont jointes à nous.

Un tissu qui dépossède

Au cours de la soirée, je me suis retirée dans ma chambre et j’ai revêtu ce suaire sous lequel j’ai disparu de ma propre vue. Puis je me suis éclipsée par la porte arrière pour revenir sur le palier avant et j’ai sonné chez moi. Une amie m’a ouvert. Devant cet être recouvert de noirceur, elle s’est mise à trembler. J’ai pénétré dans mon salon et toutes les femmes, Benoîte en tête, semblaient effrayées. Aucune ne faisait le lien avec moi. Le malaise a été si énorme que je me suis mise à parler pour les libérer des émotions qui s’étaient emparées d’elles.

La fois suivante, je l’ai porté dans la rue à Montréal. Je dois témoigner que lorsque je revêts ce vêtement, je suis face au miroir. Dès que je me recouvre la figure et que seuls mes yeux ressortent, j’ai aussi un sentiment de dépossession. À la limite, je me fais peur moi-même dans un phénomène de dédoublement.

Je me suis installée au volant de ma voiture et j’ai tout de suite constaté que mon champ visuel était considérablement réduit. Conduire équipé de la sorte représente un danger public.

J’ai marché ainsi dans les rues de Montréal et Québec. Comme Benoîte Groult et mes amies, les gens que je croise éprouvent un sentiment de crainte et d’insécurité. La colère vient ensuite. Certains, m’apercevant au loin, traversent la rue. Même des enfants mal à l’aise prennent la main des adultes qui les accompagnent.

Cheval de Troie

Le niqab revendiqué comme symbole religieux par ces femmes d’obédience salafistes, intoxiquées par un dieu vengeur, qui croient que leur corps est un objet de péché, ces femmes sont en deuil d’elles-mêmes. Elles croient en un dieu qui les castre de la liberté et les transforme en victimes consentantes de l’homme, leur supérieur. Ces femmes sont les complices des hommes qui les manipulent afin de faire éclater nos sociétés supposément pourries et nos croyances de mécréants.

L’attaque est frontale. Selon le principe du cheval de Troie, ces fondamentalistes, les ennemis aussi de tous les musulmans modérés qui vivent parmi nous et avec nous, poursuivent leur œuvre maudite de déstabilisation de notre société. Et ce, avec la bénédiction des tribunaux, tous les ignorants, les jovialistes et les « autoflagelleurs » bien-pensants.