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Pour honorer une mère exilée

<b><i>Animitas</i></b><br />
Nicholas Dawson<br />
Éditions La Mèche, 264 pages
Photo courtoisie Animitas
Nicholas Dawson
Éditions La Mèche, 264 pages

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Animitas, c’est le nom chilien que l’on donne aux autels qui honorent les morts. Le roman Animitas, c’est l’autel dressé par un homme pour honorer sa mère décédée, nous offrant du même souffle un portrait sensible des difficultés de l’exil.

Comme son narrateur, Nicholas Dawson, l’auteur d’Animitas, est né au Chili, est arrivé petit avec sa famille à Montréal, et ils ont tous migré en banlieue alors qu’il était adolescent. De ces moments de sa vie, il a tiré d’abord des nouvelles qu’il a finalement regroupées pour en faire une fiction.

À hauteur d’enfant

La première partie du récit est à hauteur d’enfant. On est en 1990 et même si quatre hivers ont passé, la famille reste divisée entre ce Montréal où les jeunes font leur place et le Chili dont la mère est profondément mélancolique. La messe du dimanche est pour elle le pivot de la semaine, l’occasion de se raccrocher à son passé. Le père, lui, perd souvent patience dans cette société qui lui échappe.

L’enfant est trop petit pour comprendre ce qui remue ses proches ; il ne peut qu’observer parfois des larmes, parfois des sourires. Lui s’amuse avec sa sœur, voit son frère vieillir bien vite, se réjouit de la neige qui tombe. Dans sa tête, c’est clair : « chez nous, c’est ici ».

Il lui faudra grandir un peu, arriver à Brossard, pour que, surprenant sa mère en prière dans sa chambre devant une illustration de l’Immaculée Conception entourée d’offrandes, il commence à mesurer le poids qu’elle transporte.

Mais il est adolescent, l’âge où on s’éclate. Il découvre son attirance pour les garçons. Horreur du père, panique de la mère normalement si silencieuse. C’est lui maintenant qui transporte un poids.

Choc et chagrin

Le temps passera, et un jour de 2012, sa mère, devenue habituée des séjours au Chili, s’y rendra une dernière fois pour s’y donner la mort. Choc et chagrin : comment faire face à ce suicide ?

C’est la deuxième partie du récit, racontée au « je » cette fois. Fini le regard détaché, le narrateur a pris pleinement conscience de l’isolement de sa mère, de son enfermement linguistique, de son écartèlement entre son pays natal et celui qui offre l’avenir à ses enfants. Alors, il part au Chili et, dans une sorte de longue lettre à sa mère, il lui offrira son regard sur son pays et ses mots pour le raconter.

Il s’agit là des moments les plus forts de ce récit tout en délicatesse. Mais ce qui lui donne du relief, c’est justement le contraste avec la distance affichée en début du roman. L’auteur ne pouvait mieux illustrer la solitude dans laquelle la mère s’est retrouvée.

Il n’y a pas de dialogue dans ce livre, pas même quand l’adulte retrouve sa lointaine parenté chilienne. Pourtant l’intériorité qu’on y trouve est un véritable échange sur l’exil et le sens à lui donner, jusqu’à accepter d’être là où on est, bien vivant.