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La classe de Mme C.: secrets de famille

Enfants qui parlent
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Nous savons tout. Et quand je dis tout. C’est tout. Avec un « t » majuscule.

L’absence de filtre des enfants fait que j’apprends des trucs sur leur quotidien que je ne devrais jamais savoir. Et les autres élèves non plus d’ailleurs.

Je ne parle évidemment pas des secrets lourds que je reçois souvent. Qui méritent attention. Mais des autres. Les plus légers et drôles. Qui provoquent rires et sourires. Qui colorent mes journées.

Ces délicieux partages surviennent généralement sans prévenir. Dans le détour d’une activité de sciences. Ou encore au moment de la causerie du lundi matin. Ce moment privilégié que je place à l’horaire chaque semaine. Alors qu’à tour de rôle, et c’est une obligation, tous les élèves parlent d’un moment fort de leur fin de semaine. Et autour duquel nous échangeons.

J’en profite pour demander comment va la saison de hockey. Ou les cours de gymnastique. Je corrige au passage les « si j’aurais » et les « chu-t-allé... ».

J’incite les plus timides à parler devant les autres. Et je donne aux plus bavards l’occasion de dire ce qu’ils ont à dire. Parce qu’ils le feraient de toute manière. Et lorsque ce n’est pas le temps. Je canalise ainsi un peu de leur incessant bavardage.

LES PLUS COLORÉS

Selon la nature du commentaire, soit je ris fort. Soit je me retiens de toutes mes forces. Et ravale. Avec les yeux qui piquent et la lèvre inférieure qui tremble. Ces petits morceaux d’intimité. Livrés avec bonhomie.

Les traits, les mauvaises habitudes de papa. Les manies de maman. Des ratés. Une mésaventure.

« En fin de semaine, mon père était fâché contre ma mère parce qu’elle avait tellement bu au party de Noël chez ma Mamie qu’elle a vomi sur le banc arrière de l’auto. »

« Mon père à moi se fait enlever le poil dans le dos et sur les fesses. C’est ma mère qui l’épile ! »

« Moi, ma mère n’a plus de poils ! »

« Ma mère est au régime, mais elle mange des Doritos en cachette, dans l’atelier du sous-sol ! »

« Ma mère dort en brassière et mon père dort nu. »

« Mon père, la fin de semaine, il est toujours couché sur le divan ! »

« Mes parents m’ont réveillé cette nuit : ils couraient tout nus dans la maison avec de la crème fouettée sur eux. »

DES YEUX EN KALÉIDOSCOPE

Souvent ce ne sont pas tant ce que mes élèves peuvent raconter qui me fait rire, mais plutôt d’imaginer la tête de leurs parents. S’ils savaient ce que leur enfant est en train de dire. Devant le prof. Et 25 autres amis. Mais ce sont des mots d’enfants. Dépouillés de tout contexte.

Des situations interprétées par des enfants. Vécues et vues avec des yeux d’enfant. Qui déforment.

Je fais la part des choses. En riant, mais je fais la part des choses.

Et toutes les fois où l’envie de juger me prend, je me rappelle que j’ai moi aussi des enfants. Qui ont eux aussi des causeries du lundi...