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Le sourire comme recette

relations canadiennes
Photo d'archives Même le plus franc des sourires ne peut occulter l’usure. M. Couillard doit en être conscient.

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Préparez-vous à ce que les politiciens vous sourient beaucoup.

C’est immanquable : chaque victoire électorale — surtout celle qui prend par surprise — est rapidement analysée et réduite en recette.

Le sourire de Valérie Plante, la nouvelle mairesse de Montréal, est en train de subir ce traitement.

Ça me rappelle l’exploitation locale des thèmes « obamaiens », lors des élections québécoises de 2008.

Le 6 novembre 2008, lendemain de la victoire de Barack Obama, les partis étaient plongés dans une campagne électorale après 18 mois de gouvernement minoritaire.

Tous les chefs sans exception — Charest, Dumont, Marois, Françoise David — avaient entonné, de manière un peu artificielle, les antiennes de l’« espoir », du « changement » et du « oui nous sommes capables » du nouveau président américain.

L’anti-marabout

Ces derniers temps, on a senti que Philippe Couillard cherche des thèmes et des attitudes électorales accrocheuses en prévision d’octobre 2018.

Il y a eu sa phase « tabarnouche » de la fin septembre, entamée devant les travailleurs de Bombardier, où il avait paru très vigoureux.

Puis, après la défaite dans Louis-Hébert­­­, il se montra au contraire amorphe, se contentant de rappeler que « l’économie va bien ».

La campagne et la victoire de Valérie Plante semblent avoir ragaillardi M. Couillard. Dans son analyse, hier en point de presse, le premier ministre a carrément annoncé qu’il s’en inspirerait.

Plante, à ses yeux, l’a emporté grâce à « une campagne avec de la substance, mais faite avec le sourire ». Puis il ajouta : « une politique positive, une politique d’espoir, faite avec le sourire, surtout avec des projets concrets pour les gens. Et c’est ce qu’on va faire ».

Cela rejoint la manière dont, depuis quelques semaines, il tente de se définir contre François Legault, un homme qu’il dépeint comme ténébreux.

Le 16 juin, au salon bleu, M. Couillard lançait à propos du chef caquiste : « Je vois qu’il est encore de mauvaise humeur. Le Québec déçoit [...] le chef de la deuxième opposition officielle. Il n’est jamais content de ce qui arrive au Québec, on le voit dans sa gestuelle, dans son ton, dans sa façon de faire. Il y a une belle expression de chez nous qui me vient en mémoire : notre collègue, c’est le marabout du quotidien au Québec. »

Les libéraux de Philippe Couillard tenteront-ils d’imposer la question de l’urne : « Êtes-vous marabout-caquiste ou libéral-jovialiste ? »

Voué à l’échec

Pas sûr que ça fonctionnerait.

La réduction en recette victorieuse du sourire de Valérie Plante puis son importation sur la scène politique québécoise est vouée à l’échec.

Comme le note lui-même le premier ministre, la chef de Projet Montréal l’a emporté aussi grâce à sa « substance ». Il s’est gardé toutefois d’ajouter que le ras-le-bol face à un manque de transparence de l’administration Coderre a joué un rôle important.

Comme cette usure du personnage Coderre qui, même s’il n’était à la tête de la métropole que depuis quatre ans, se trouvait dans le paysage politique fédéral montréalais depuis 1997.

Même le plus franc des sourires ne peut occulter l’usure. M. Couillard devrait en être conscient.