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Canada, paradis des magouilleurs ?

Canada, paradis des magouilleurs ?
Photo AGENCE QMI, Matthew Usherwood

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Avez-vous déjà dû de l’argent à l’impôt ?

Ce n’est pas très rigolo.

L’Agence du revenu du Canada (ARC) est prête à faire des arrangements avec vous pour vous aider à payer votre dû, mais vous êtes mieux de ne pas trop étirer l’élastique sinon le fisc va vous envoyer ses goons.

LES RICHES S’EN SORTENT

Voici d’ailleurs ce qu’on peut lire sur le site de l’ARC...

« Il est important que chacun d’entre nous paie sa part. Les impôts servent à payer les soins de santé, les services de garde d’enfants, l’assurance-emploi, les projets d’infrastructure urbains et d’autres services importants.

« Si vous ne payez pas votre dette à temps et que vous refusez de collaborer, nous pouvons prendre diverses mesures pour récupérer la somme que vous nous devez.

« Ces mesures pourraient entraîner de graves conséquences financières ou juridiques pour vous. »

En d’autres mots : t’es mieux de payer, Charlie, car tu risques de passer un mauvais quart d’heure.

Ça, c’est pour les petits contribuables. Ceux qui sont faciles à pincer et qui ne peuvent pas se défendre.

Parce que pour les millionnaires et les grosses entreprises qui ont les moyens de se payer des avocats et des fiscalistes, c’est une autre paire de manches.

Comme mon confrère Jean-François Cloutier l’a dévoilé, le Canada n’a jamais mis à l’amende ni accusé aucun contribuable canadien qui a caché de l’argent en Suisse dans les années 2000.

Aucun. Zéro.

Pourtant, il y a des milliards de dollars qui dormaient dans des comptes en Suisse pendant cette période.

Mais aucun de ces magouilleurs n’a été embêté par Revenu Canada.

Normal : les goons du fisc étaient trop occupés à récupérer 1000 $ ici et 250 $ là.

LA PÊCHE AUX MÉNÉS

On a beau penser ce qu’on veut des Américains, là-bas, on ne niaise pas avec les millionnaires qui multiplient les entourloupettes pour échapper au fisc.

On les arrête et on les envoie en prison.

Mais ici, on a d’autres priorités.

On préfère concocter une « réforme fiscale » bidon qui vise les agriculteurs, les garagistes et les petits entrepreneurs.

Comme si c’étaient eux, les gros bandits !

Il a beau se promener dans les couloirs du parlement déguisé en Superman, Justin Trudeau n’est pas très courageux quand vient le temps de capturer les requins.

Il préfère aller à la pêche aux poissons des chenaux.

Remarquez, il n’est pas le seul.

Aucun premier ministre canadien ne s’est attaqué au problème des paradis fiscaux, aucun — pas même Stephen Harper — n’a pris le taureau par les cornes.

Pire : selon les Paradise Papers, Brian Mulroney, Jean Chrétien et Paul Martin en auraient même profité !

Imaginez : d’un côté, tu dis à tes compatriotes de mettre l’épaule à la roue et de participer à l’effort collectif.

De l’autre, tu mets tes bermudas pour aller cacher de l’argent aux Bermudes.

NOTRE PROBLÈME

Comme l’affirme Jean-François Cloutier dans son livre La Grande dérive : comment les riches, les entreprises et les magouilleurs canadiens utilisent les paradis fiscaux, ce dossier peut vous paraître nébuleux, difficile à comprendre.

Mais il vous touche directement.

Parce que plus les riches échappent au fisc, plus le fisc va piger dans vos poches.