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Des employés d’Accurso servaient de prête-noms

Un avocat qui travaille pour lui avoue avoir été remboursé pour un don au PLQ

Dans le cadre de sa défense, Marc Labelle (à gauche), l’avocat de Tony Accurso, veut démontrer que l’entrepreneur ne voyait pas aux affaires quotidiennes de ses firmes de construction et, donc, n’a jamais été au courant de la collusion et des pots-de-vin.
Photo Martin Alarie Dans le cadre de sa défense, Marc Labelle (à gauche), l’avocat de Tony Accurso, veut démontrer que l’entrepreneur ne voyait pas aux affaires quotidiennes de ses firmes de construction et, donc, n’a jamais été au courant de la collusion et des pots-de-vin.

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L’avocat des entreprises de Tony Accurso admet avoir lui-même servi de prête-nom pour financer le Parti libéral du Québec, et estime que cette pratique était répandue chez les employés de ce géant de la construction.

Guillaume Rochon, avocat corporatif de l’entrepreneur depuis 2006, a raconté, hier, devant la Cour supérieure, qu’il avait été approché en 2007 par Charles Caruana, un des bras droits d’Accurso, pour signer un chèque de 3000 $ à l’intention du Parti libéral du Québec (PLQ).

Il était entendu que l’avocat serait remboursé par l’entreprise pour son don politique.

Une telle pratique est interdite. Même à cette époque, la loi stipulait que seuls les particuliers, et non les entreprises, avaient le droit de donner de l’argent pour les élections.

L’homme de loi a accepté de contourner les règles. « Ça avait l’air d’une demande naturelle, tout le monde [dans l’entreprise] le faisait, je n’ai pas posé de questions », a-t-il témoigné sous serment devant le juge James Brunton de la Cour supérieure.

Guillaume Rochon a raconté que son don avait été remboursé par l’entreprise d’Accurso « en compte de dépenses », une manœuvre classique utilisée par de nombreuses firmes qui ont eu recours à des prête-noms.

Il a affirmé que c’était la seule fois qu’il avait été approché pour participer à ce genre de stratagème, et a précisé qu’il ignorait combien d’employés se faisaient convaincre par M. Caruana chaque année.

Jamais pour Vaillancourt

Me Rochon a admis ces faits dans le cadre du procès de Tony Accurso, au palais de justice de Laval. Témoin de la défense, il était à ce moment contre-interrogé par Richard Rougeau, le procureur de la Couronne.

Richard Rougeau, Procureur de la Couronne
Photo Martin Alarie
Richard Rougeau, Procureur de la Couronne

Accurso est soupçonné d’avoir été un acteur important du stratagème de trucage des contrats publics à Laval pendant une quinzaine d’années. En échange, selon la Couronne, ses entreprises versaient une ristourne en argent comptant correspondant à 2 % de la valeur des contrats qu’elles obtenaient.

Dans le cas de Laval, Me Rochon a dit qu’il n’avait jamais servi de prête-nom pour financer le PRO des Lavallois, la formation politique que dirigeait l’ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt.

Hier, Guillaume Rochon a passé une bonne partie de la journée à présenter des organigrammes complexes qui montrent la structure des entreprises d’Accurso. Ces montages ressemblent à une véritable toile d’araignée de compagnies à numéro, de filiales et de conseils d’administration.

Avec son témoignage, la défense entend prouver que l’ex-magnat de la construction ne pouvait être au courant de tout ce qui se passait au quotidien dans ses entreprises.

►Précédemment au procès :

  • L’avocat de Tony Accurso a affirmé que son client n’était pas au courant de la participation de ses entreprises à la collusion et la corruption.
  • Demain : un comptable mandaté par la défense viendra analyser les états financiers des entreprises d’Accurso.

Trop occupé pour faire de la collusion

 
Tony Accurso ne peut avoir participé à la collusion et la corruption à la Ville de Laval puisqu’il ne gérait pas les contrats qu’obtenaient ses entreprises, selon son équipe de défense.
 
Guillaume Rochon, avocat des entreprises d’Accurso, a affirmé, hier, que son patron avait nommé deux collaborateurs à la présidence de ses plus grosses firmes de construction, Louisbourg et Simard-Beaudry.
 
Joe Molluso s’occupait des activités quotidiennes de Louisbourg tandis que Frank Minicucci tenait les rênes de Simard-Beaudry.
 
Pots-de-vin
 
Ce sont justement ces deux firmes qui auraient obtenu des contrats truqués à la Ville de Laval en échange du versement de pots-de-vin, d’après la Couronne.
 
Me Rochon témoignait à l’invitation de Me Marc Labelle, le criminaliste qui défend l’entrepreneur dans le cadre de ce procès.
 
Selon Guillaume Rochon, Accurso, en tant que plus haut dirigeant de son entreprise, s’occupait surtout d’acquisitions et de négociations financières. Il aurait eu davantage le rôle d’un président de conseil d’administration que celui d’un directeur général.
 
« ­– Avez-vous déjà vu des documents de soumission sur le bureau de M. Accurso ? lui a demandé Me Labelle.
 
– Non, a répondu Guillaume Rochon.
 
– Avez-vous déjà vu des plans sur le bureau de M. Accurso ?
 
-Non plus. »
 
Un seul témoin
 
Au cours des dernières semaines, plusieurs témoins sont venus raconter, devant les 11 membres du jury, que messieurs Molluso et Minicucci leur avaient remis des liasses de billets. Ils ont aussi impliqué les deux hommes, dans des manœuvres de partage de contrats publics, avant même la clôture des appels d’offres, en collaboration avec l’ex-maire Gilles Vaillancourt, l’ex-directeur général de la Ville de Laval Claude Asselin et l’ex-directeur de l’ingénierie Claude De Guise.
 
Mais un seul des témoins de la Couronne, l’ingénieur Marc Gendron, a relaté qu’Accurso lui avait remis de l’argent directement, et ce, à une occasion. Selon Gendron, il s’agissait d’un versement de 200 000 $ en liquide qu’Accurso aurait sorti du coffre d’une voiture, à la noirceur, dans le stationnement d’un centre commercial de Laval.
 
L’ex-secrétaire de Vaillancourt, Josiane Pesant, a également raconté qu’Accurso venait souvent rencontrer le maire à l’hôtel de ville, dans le plus grand secret. Mais elle n’a pas expliqué sur quoi portaient ces rencontres.
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