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L’entreprise libérée : révolution ou simple mode ?

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Paul Le Bas - 37e AVENUE

 

Disparition de la hiérarchie, autonomie des employés, la « libération » de l’entreprise est-elle une nouvelle mode managériale ou la forme que prendra l’entreprise de demain ?

Le terme « entreprise libérée » désigne une conception d’organisation d’une entreprise ou d’un service public fondée sur l’autonomie responsable de ses employés. Cette vision du management et de la vie au travail est axée sur la confiance, et non sur le contrôle et la supervision des tâches. Une telle approche bouscule forcément le système hiérarchique et les pratiques organisationnelles traditionnelles, car tous les salariés sont sur un pied d’égalité. Finis les échelons internes et les places de stationnement réservées.

Dans cette vision de l’entreprise, l’autonomie des employés suit le principe selon lequel « celui qui fait sait ce qu’il fait et doit faire » : loin d’un laisser-aller anarchique, il s’agit par exemple d’aménager efficacement ses propres horaires, d’améliorer en continu son mode de travail, de développer spontanément la cohésion d’équipe, de prendre plus naturellement des initiatives profitables à tous.

Des avantages éprouvés

Une telle organisation du travail fondée sur la liberté améliorerait la motivation et l’implication des salariés et entraînerait une hausse de l’assiduité et de la productivité tellement significative que cette conception de l’entreprise et de son fonctionnement est réellement prise au sérieux.

« Les employés qui entrent aujourd’hui en entreprise sont de plus en plus formés et éduqués. Malgré tout, on leur explique encore beaucoup trop comment faire, et non pourquoi le faire », explique Philippe Zinser, fondateur de Patrimoine RH, une firme de consultation en gestion de ressources humaines. L’entreprise libérée mise au contraire sur l’importance capitale pour l’employé de s’approprier son travail et de lui donner du sens.

Au patron contrôlant succède le « porteur du ballon », comme le nomme Philippe Zinser : un « leader libérateur » qui crée et assure les conditions de l’autonomie et de la motivation de ses collaborateurs.

Mais tous les gestionnaires ne sont ni prêts ni capables d’adopter une telle forme de management. L’entreprise libérée n’est pas un modèle préétabli et applicable partout. « Le premier frein, ce sont les gestionnaires eux-mêmes », souligne Philippe Zinser. Le modèle d’organisation verticale reste très ancré, et l’autonomie laissée aux employés inquiète encore beaucoup les uns et provoque l’incompréhension chez les autres. « Le premier défi, c’est de faire comprendre que l’entreprise libérée existe et a fait ses preuves », ajoute Philippe Zinser.

L’entreprise libérée : des exemples

À l’échelle mondiale, 7 % des entreprises sont dites « libérées ».

Quelques exemples :

- Au Québec, l’entreprise Produits métalliques Bussières, spécialiste en transformation de métal, à Saint-Henri de Lévis (région de Québec).

- Le groupe américain W.L. Gore & Associates (à l’origine du fameux Gore-Tex), plus de 10 000 employés partout dans le monde et un chiffre d’affaires de 3,2 milliards de dollars.

- Avec ses 400 salariés-collaborateurs pratiquant depuis 30 ans l’autogestion, l’entreprise française FAVI est aujourd’hui un sous-traitant pour la moitié des constructeurs européens.

- Le géant indien en télécommunications et services informatiques HCLT Ltd : des dizaines de milliers de salariés dans le monde, avec pour devise « L’employé d’abord, le client après ».

- Deux ministères belges : celui des Transports et celui de la Sécurité sociale.