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La noyade

René Lévesque
Photo d'archives, Leopold Rousseau René Lévesque

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Le gouvernement fédéral annonçait récemment son intention d’augmenter encore les seuils d’immigration. D’ici 2020, il passera de 300 000 à 340 000 immigrants par année. C’est la logique du toujours plus qui prévaut à Ottawa.

Elle est conforme à la vision du pays dominante et que Justin Trudeau revendique fièrement : le Canada n’aurait d’autre identité que son multiculturalisme. Au Canada, nous serions tous des immigrants.

Lévesque

Personne ne s’attendait à ce qu’on entende un début d’opposition sérieuse à cette hausse au Canada anglais. Le consensus « immigrationniste », pour reprendre la formule du politologue français Pierre-André Taguieff, y est beaucoup trop fort.

Quiconque le remet en question est accusé de racisme par l’intelligentsia de Toronto et ceux qui l’imitent. La réflexion critique sur le sujet est moralement déconsidérée.

On aurait pu toutefois s’attendre à une réaction musclée de la part des souverainistes québécois.

Certes, le politiquement correct domine ici aussi mais les Québécois, globalement, savent encore qu’ils sont un peuple. Ils ne se sont pas encore suicidés au nom de la sacro-sainte diversité. Ils prétendent intégrer les immigrés qui les rejoignent à une identité collective qui n’est pas un grand bazar. De là leur opposition aux accommodements raisonnables.

Mais les souverainistes se sont montrés terriblement silencieux, comme si ce qui se passait à Ottawa ne les concernait pas. Étrange silence. Car nous sommes devant un processus que René Lévesque a déjà eu le courage de nommer très clairement. Dans un franc-parler aujourd’hui inimaginable, il accusait Ottawa de vouloir « noyer » les Québécois grâce à l’immigration massive en les condamnant à devenir de plus en plus marginaux dans la fédération.

C’est une pure question démographique. Inexorablement, d’une décennie à l’autre, le poids du Québec diminue dans le Canada, et ce n’est pas seulement à cause d’une natalité déficiente.

Pour conserver sa place dans la fédération, le Québec est alors tenté d’accueillir lui aussi de plus en plus d’immigrés. Mais la réalité est brutale : il ne parvient pas à les intégrer.

Plus il accueille d’immigrants, plus le poids de la majorité historique francophone diminue et plus l’identité québécoise est fragilisée.

Même les « enfants de la loi 101 » peinent à adhérer à l’identité québécoise, comme en témoignait récemment un documentaire qui leur était consacré. Et ce n’est pas parce qu’elle n’est pas assez inclusive.

On le voit particulièrement à Montréal où la logique de l’intégration s’est inversée. Désormais, ce sont les francophones, et surtout les plus jeunes, qui prennent le pli d’un nouveau peuple montréalais, bilingue et multiculturel, où ils se voient comme une communauté parmi d’autres. C’est une question de masse critique.

Ceux qui s’opposent à ce mouvement sont accusés d’être réactionnaires.

Montréal

L’immigration massive condamne à terme le français et rend impossible l’indépendance. Concrètement, elle pose un cadenas démographique sur l’avenir politique du peuple québécois.

On serait en droit de s’attendre à ce que ceux qui prétendent le défendre dénoncent la politique migratoire d’Ottawa.

Pourquoi ne le font-ils pas ?