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Un milliardaire interpelle les «super-riches» canadiens

Contrairement à Stephen Bronfman, Stephen Jarislowsky évite les paradis fiscaux

Né à Berlin en 1925, le Montréalais Stephen Jarislowsky a bâti sa fortune avec son entreprise de placements. Il recommande aux gouvernements d’en faire plus pour attirer et retenir la richesse.
Photo Chantal Poirier Né à Berlin en 1925, le Montréalais Stephen Jarislowsky a bâti sa fortune avec son entreprise de placements. Il recommande aux gouvernements d’en faire plus pour attirer et retenir la richesse.

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Avec 1,75 milliard $, c’est l’un des hommes les plus riches du Canada. Pourtant, Stephen Jarislowsky jure n’avoir jamais placé un seul sou dans des paradis fiscaux, contrairement à Stephen Bronfman. Honoré par l’Institut Fraser ce soir, l’homme de 92 ans appelle les « super-riches » à plus de rigueur.

Les noms de Canadiens très riches — dont celui de l’héritier de l’empire Seagram Stephen Bronfman — ont fait la manchette ces derniers jours avec les Paradise Papers. Que pensez-vous de cette pratique ?

Je n’ai jamais — jamais — mis d’argent dans les paradis fiscaux. J’ai toujours payé tous mes impôts. Et je n’y crois pas, à ces techniques (d’évasion). Par contre, je ne crois pas non plus au « surtaxage » des personnes qui créent des entreprises et, de ce fait, de la prospérité au Canada. Je dois être imposé à hauteur de 70 % à 75 % en ce moment. Pensez-vous réellement que c’est normal ?

Qu’est-ce que devraient faire les gouvernements pour réduire l’évitement et l’évasion fiscale ?

Pourquoi les gens pensent-ils que les gouvernements vont mieux gérer l’argent que nous, les contribuables ? J’ai commencé mon entreprise de placements privés Jarislowsky Fraser avec 100 $, en 1955. C’est aujourd’hui l’une des plus grandes dans son secteur. Mais nous sommes pénalisés pour notre succès. Les impôts sont trop élevés, les taxes sur le gain en capital aussi, et de loin ! Après tout, on parle d’entreprises créatrices de richesses et d’emplois pour le Canada.

Vous êtes un « super-riche ». On vous a souvent comparé à l’investisseur américain Warren Buffet. Les gens comme vous n’ont-ils pas, eux aussi, leur rôle à jouer ?

Je n’ai jamais eu d’avion ni de yacht, parce que je n’y crois tout simplement pas, à ces trucs-là. Je crois que l’humain devrait rester les pieds sur terre. Éthiquement parlant, je ne trouve pas qu’on devrait vivre comme un homme riche. Et je sais que mon argent ne me suivra pas au paradis, alors j’ai créé ma propre fondation, et je donne de l’argent à plusieurs causes.

Je suis encore très impliqué avec la Coalition canadienne pour une bonne gouvernance, que nous avons fondée en 2002. Il reste beaucoup à faire pour s’attaquer aux problèmes éthiques de l’industrie. [...]

Et quand on voit des politiciens [le ministre des Finances Bill Morneau] ne pas placer ses avoirs dans des fiducies sans droit de regard, évidemment que c’est mal. C’est un conflit d’intérêts !

Enfin, je ne suis pas le Warren Buffet du Québec, il est beaucoup plus riche que moi, et je ne suis pas seulement intéressé par les investissements, j’ai d’autres intérêts !