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Question de fierté

Melanie Jue et ses coéquipières chinoises désirent ouvrir les horizons des amateurs

Melanie Jue est sortie de la retraite pour faire partie de l’expérience du Red Star de Kunlun.
Photo Agence QMI, Dario Ayala Melanie Jue est sortie de la retraite pour faire partie de l’expérience du Red Star de Kunlun.

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Melanie Jue avait pris sa retraite après sa quatrième et dernière saison universitaire à Cornell en 2010. Approchée pour vivre l’aventure du Red Star de Kunlun, une blague bien placée l’a fait aboutir sur la brigade offensive de la formation chinoise.

Alors qu’elle était pressentie pour se retrouver derrière le banc de la nouvelle équipe de la Ligue canadienne de hockey féminin, elle a lancé en boutade à la haute direction qu’elle devrait être prise en considération comme patineuse. Après tout, elle avait fait une belle carrière avec le Big Red de Cornell et elle possède des racines chinoises.

Les dirigeants du Red Star ont pris ses mots au pied de la lettre ! Ni une ni deux, ils l’ont inscrite dans l’alignement. Ni une ni deux, elle est sortie de sa retraite à l’âge de 29 ans.

« Ils cherchaient à recruter les meilleurs talents chinois en Amérique du Nord, me voilà ! s’exclame à la blague l’énergique attaquante en entrevue avec le Journal de Montréal. La chance était trop belle. Je ne pouvais pas la laisser passer. C’est très important pour moi de laisser mon héritage. Il fallait que je fasse partie de cette aventure pour répandre le hockey sur le globe et véhiculer le message que les Chinoises sont capables de jouer. »

Vers les Olympiques

Et si son corps lui permet d’endurer les quatre prochaines années sur la glace, elle vise les Jeux olympiques de Pékin en 2022. Entre-temps, elle s’attardera au développement de ses jeunes coéquipières qui font leurs premiers pas dans le hockey professionnel.

« Elle se remet en forme et elle veut à tout prix représenter son pays. Il n’y a pas moyen de lui refuser quelque chose, témoigne l’entraîneuse en chef du Red Star, Digit Murphy. Elle veut arriver à son plein potentiel pour les grands moments. Elle a une belle touche autour du filet et elle n’a pas peur d’embêter la gardienne adverse. Elle est polyvalente. Elle est une grosse pièce de notre alignement. »

Après une longue pause de sept ans pendant laquelle elle a peaufiné ses habiletés d’entraîneuse dans le programme de l’université de Lindenwood, elle reprend rapidement du poil de la bête. Élevée dans une famille de sportifs, pas question de reculer devant les défis.

Jue est la cousine de l’ancien centre des Alouettes de Montréal, Bryan Chiu, qui a pris sa retraite en 2009 avec deux bagues de la Coupe Grey. Un autre cousin par alliance, Bernard Lagat, est décoré de deux médailles olympiques. Elle était d’ailleurs à Pékin en 2008 pour encourager le coureur américain aux 1500 mètres.

Même si elle a grandi en Colombie-Britannique et qu’elle fait ses études aux États-Unis, une visite à Montréal est toujours particulière. En plus de son cousin Bryan, sa sœur y a aussi fait ses études à McGill. En grande partisane de hockey, elle savait pertinemment bien l’expérience qui l’attendait samedi après-midi au Centre Bell.

Retrouvailles

Chez le Red Star, elle retrouve Jessica Wong. Celle-ci a mis fin à sa carrière universitaire abruptement. C’était lors du match de championnat dans la NCAA en 2010. Le Big Red de Melanie affrontait les Bulldogs de Minnesota-Duluth de Jessica. En troisième période de prolongation d’un duel de fous, Wong a enfilé le but victorieux.

« Elle a ruiné ma carrière, s’exclame Jue en racontant le match avec un large sourire. Nous faisons encore des blagues à ce sujet, mais je n’en reviens toujours pas. Je dois maintenant la côtoyer et l’endurer comme capitaine. Mais sans farce, je suis contente qu’elle soit dans cette belle aventure avec moi. »

 

« Un mélange de hockey 101 et 501 »

Digit Murphy, <i>entraîneuse en chef du Red Star de Kunlun</i>
Photo Agence QMI, Dario Ayala
Digit Murphy, entraîneuse en chef du Red Star de Kunlun

Digit Murphy n’a pas la tâche facile d’amalgamer les différents styles de jeu dans sa formation. Elle doit trouver le juste équilibre pour obtenir des résultats.

L’entraîneuse en chef comptant sur 25 années de carrière en voit de toutes les couleurs depuis le début de l’aventure du Red Star de Kunlun. La formation est composée d’Américaines chevronnées, de Finlandaises, de Canadiennes et de Chinoises.

Évidemment, ses jeunes Chinoises ne sont pas au même niveau que leurs coéquipières d’expérience. Dans les entraînements, le cantonais et le mandarin chevauchent l’anglais lors des explications et consignes, ce qui laisse place à divers scénarios.

« C’est un peu comme si nous donnions des cours de hockey 101 et 501 en même temps. Il faut tout mêler ça et laisser le temps faire son œuvre. Nous vivons beaucoup de choses en équipe. Ça fait partie de cette aventure. Il faut trouver un moyen de mettre les patineuses chinoises sur la mappe mondiale du hockey », explique Murphy, qui travaille sa patience en reprenant l’ABC du hockey.

Développement

Elle a pour objectif de développer le bagage sportif des Chinoises, mais elle veut aussi gagner. « Nous faisons tout en notre pouvoir pour récolter les victoires. Ça vient aussi avec des défaites. Ce qui importe, c’est que nous devons nous assurer de faire progresser le groupe et les Chinoises. C’est un équilibre très délicat à atteindre. »

En ce début de saison, les Asiatiques s’adaptent à la vitesse d’exécution. Certaines éprouvent plus de facilité que d’autres. C’est pourquoi les Américaines sont utilisées à toutes les sauces.

« Nos jeunes Chinoises forment les 3e et 4e trios. Nous dépendons aussi d’elles, parce qu’elles doivent affronter des joueuses parmi les meilleures de la ligue. Elles apprennent face à des filles qui ont plus d’expérience et de talent. »

La capitaine surprise

Sortie de sa retraite, la capitaine Jessica Wong, une Canadienne d’origine chinoise née en Nouvelle-Écosse, se dit agréablement surprise des débuts de l’équipe. « Je n’avais aucune idée de notre niveau. Avec les Américaines, je sais que nous sommes en mesure de performer. Nous avons un bon esprit d’équipe malgré la barrière linguistique. Il ne faut jamais l’oublier. »

Après le match de mardi à Montréal, le Red Star rentrera à Shenzhen, situé près de Hong Kong sur la côte est de la Chine, jusqu’à son retour au Canada en janvier.