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Refaire son monde

BETTY BOOB
JULIE ROCHELEAU, 
VERO CAZOT
ED. CASTERMAN
Photo courtoisie BETTY BOOB JULIE ROCHELEAU, VERO CAZOT ED. CASTERMAN

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Indéniablement l’un des albums phares de la rentrée, le truculant Betty Boob de la scénariste française Véro Cazot et de l’illustratrice montréalaise Julie Rocheleau aborde le cancer du sein d’un angle inédit.

Our cancer year de Harvey Pekar, La guerre des tétons de Lili Sohn, Une histoire de cancer qui finit bien d’India Desjardins et Marianne Ferrer, voilà quelques poignants albums traitant du cancer. Tantôt drôles, tantôt bouleversantes, ces histoires ont en commun l’angle intimiste duquel elles sont abordées. Avec Betty Boob, c’est par le truchement du burlesque que le tandem nous convie à l’exaltant récit d’une reconstruction identitaire.

Cachez ce sein que je ne saurais voir

Cette bande dessinée muette raconte l’histoire d’une jeune femme qui perd tout : un sein à cause de la maladie ; ses cheveux, dû à ses traitements de chimio ; son amoureux, qui a perdu tout désir à son endroit, et son boulot dans une boutique de mode où l’asymétrie du corps n’est pas la bienvenue. Elle joindra les rangs d’une troupe burlesque, où elle mettra sa différence à profit.

« Lorsque Véro m’a présenté cette histoire, je n’avais jamais rien lu de tel. Je devais trouver une zone se situant quelque part entre la réalité et l’aspect onirique du récit, raconte l’illustratrice. Le scénario offrait tant de possibilités graphiques, la joie qui s’en dégageait était à ce point contagieuse, j’ai tout simplement plongé. »

D’abord paru à la mi-septembre en Europe, puis le mois suivant au Québec, l’album ne laisse personne indifférent. Les réactions positives abondent, tant du côté du lectorat que de celui des critiques.

La dessinatrice, qui fit des débuts remarqués en 2010 avec La fille invisible où il était question du délicat sujet de l’anorexie, se réinvente magistralement avec cette Betty au sein saillant. Évitant d’être cataloguée comme l’auteure d’un genre précis – son triptyque La Colère de Fantomas et La petite patrie aurait tout aussi bien pu la confiner à l’adaptation de classiques littéraires – elle varie les plaisirs avec l’aisance des plus grands. « J’aime sortir de ma zone de confort, explorer, aller ailleurs. Dans Betty Boob, je n’avais pas à aborder l’angle journalistique comme dans La fille invisible. Ici, la maladie, bien que sérieuse, est un prétexte pour parler de la pluralité de la représentation des corps féminins. »

Julie Rocheleau aura mis deux ans à boucler l’album, soit le double du temps habituel. La pantomime, qui contrairement au dialogue ne jouit d’aucun raccourci narratif, laisse toute la place à son trait électrisant, anguleux, nerveux. L’enchaînement des saynètes est digne des meilleurs boulevards. Chaque page, gorgée d’émotions exacerbées, fait mouche.

On sort de cette lecture complètement galvanisé. Cette nécessaire réflexion sur l’acceptation de soi et la tolérance envers l’autre fait un bien fou. Betty Boob est de ces albums à mettre entre les mains du plus grand nombre.

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