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La foi meurtrière

La foi meurtrière
Photo Courtoisie

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La mort d’Éloïse Dupuis nous interpelle tous. Comment rester indifférent devant le décès d’une jeune mère témoin de Jéhovah, morte pour avoir refusé une transfusion sanguine interdite par sa foi.

Dans une société dite de droit et de droits, la liberté d’une personne d’exercer sa foi est clairement établie. Et ce, semble-t-il, jusqu'à l'extrême absurde suicidaire.

On peut s'en désoler jusqu'aux larmes, mais sa liberté de choisir de mourir au nom de sa foi, du moins selon l'état actuel de notre droit au Canada, est un fait indéniable.

Seul un changement majeur dans nos chartes des droits pourrait empêcher une telle chose.

Résultat : au nom de la liberté de conscience et de religion, l’irrationnel triomphe.

Pour des sociétés qui se vantent d’être à l’avant-garde du «savoir» et de la «science», c’est un paradoxe lourd de conséquences.

Le concept même de «croyance sincère» prisé tout particulièrement par les tribunaux canadiens fait aussi partie du problème.

Au nom de sa liberté de conscience et de sa «croyance sincère», quel qu’elle soit, il est donc possible pour une personne de refuser une transfusion de sang qui aurait pu lui sauver la vie.

Or, à divers degrés, ce triomphe de l’irrationnel est propre à toutes les religions organisées.

L’irrationnel varie selon les époques et les dogmes, eux aussi, semble-t-il, à géométrie variable.

Pendant longtemps, chez les catholiques, les femmes étaient appelées, au nom de leur «foi», à se reproduire jusqu’à l’épuisement ou la mort. Au Québec, on en savait quelque chose.

Combien sont mortes «en couche»? Quand la vie d’une femme était menacée lors d’un accouchement, on «choisissait» aussi de sauver la vie de l’enfant avant celle de sa mère.

Il fut une très et trop longue époque où ce même triomphe de l’irrationnel qu’est l’interdiction par le Vatican de toute forme efficace de contraception aura couté bien des vies aux femmes catholiques.

Ce triomphe de l’irrationnel dans les grandes religions organisées comme dans les sectes est en fait le produit d’un endoctrinement qui dépasse de très loin la simple foi en Dieu.

L'état actuel du droit ignore cependant cette dimension essentielle qu'est la puissance de l'endoctrinement sur les humains.

C'est pourquoi, sans broncher, il est devenu possible de conclure à un consentement pleinement «éclairé», entre autres, lors du refus d’une transfusion sanguine apte à sauver une vie. Ce qu'a fait le coroner dans le cas d’Éloïse Dupuis.

Comment et pourquoi a-t-on laissé l'irrationnel triompher à ce point et même lorsqu'il se fait meurtrier?

Toute la question est là.