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Mea culpa de l’avocat de la mafia

Loris Cavaliere a fait des révélations inédites mercredi sur les crimes qui l’ont mené derrière les barreaux

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Contraint de remiser sa toge depuis sa condamnation pour gangstérisme, l’avocat déchu de la mafia montréalaise pourra quitter le pénitencier après avoir livré la plaidoirie de sa vie, mercredi.

C’est vêtu d’un simple chandail blanc et d’un jean bleu que Loris Cavaliere a convaincu la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) de lui accorder son transfert en maison de transition après avoir purgé 9 mois d’une peine qui en compte 34.

« Je me mets à nu devant vous et je ne garderai pas mes bas », a imagé le prisonnier de 63 ans devant les commissaires, à Laval, en laissant entendre qu’il n’avait rien à leur cacher.

M. Cavaliere a relaté que peu après avoir commencé à pratiquer le droit en 1980, il s’est attiré une clientèle majoritairement associée à la mafia italienne, aux pègres irlandaise ou asiatique et aux gangs de rue.

« À force de représenter ce monde-là, il se crée des liens d’amitié », a dit celui qui s’était bâti une réputation en défendant les défunts parrains Nicolo et Vito Rizzuto.

Et « il gagnait parce que c’était un des meilleurs criminalistes à Montréal », a ajouté l’avocat qui le représentait mercredi, Pierre Tabah.

Frappé comme un train

Tout a basculé quand les policiers l’ont tiré du lit, le 19 novembre 2015.

« Quand ils te passent les menottes et te sortent à 5 h du matin... Ça m’a tellement marqué. Les deux semaines suivantes, j’étais en prison, K.-O., complètement sous le choc », a-t-il confié.

Il a eu les jambes sciées quand il a appris comment les policiers les avaient piégés, ses comparses et lui.

« Ça m’a frappé comme un train, a-t-il dit. Mon bureau, mon cellulaire, le téléphone de ma femme, ma résidence, tout [ce qu’on y disait] était écouté par la police. J’aurais jamais pensé ça possible parce qu’on se croyait couverts par le secret professionnel. »

Son bureau du boulevard Saint-Laurent abritait les réunions d’affaires de ses clients qui s’y pensaient à l’abri des micros.

« C’était pas des enfants de chœur et ils ne venaient pas au bureau pour parler de leur party de Noël. Je le savais. C’est ma faute », a déclaré l’avocat qui s’est reconnu coupable d’avoir facilité les activités d’une organisation criminelle, dont le trafic de stupéfiants.

Histoires d’horreur

Depuis qu’il a côtoyé des toxicomanes au pénitencier, il réalise « à quel point la drogue est néfaste ». « J’ai entendu des histoires d’horreur ici. Je savais que ça faisait des ravages, mais avant, je m’en lavais les mains », a souligné l’ex-avocat qui passe plusieurs heures par jour au gymnase du pénitencier.

Loris Cavaliere a relaté avec une boule dans la gorge qu’il avait fait la fierté de son père en étant admis au Barreau, mais qu’il a fini sa carrière comme « un des deux seuls avocats arrêtés pour gangstérisme au Canada ».

« J’espère que les jeunes avocats ne feront pas la même erreur que moi. J’ai perdu une job que j’aimais. J’ai surtout fait du mal à ma famille. »

Mercredi prochain, il entamera un séjour de six mois en maison de transition. Le jour, il pourra occuper un emploi chez « un concessionnaire automobile prospère » où travaillent les fils de sa conjointe. Pas question pour lui de renouer avec ses anciens amis.

« Je veux plus rien savoir de la magouille, a juré celui qui dit avoir “ honnêtement ” accumulé pour plus d’un million de dollars en REER. Mes vrais amis, c’est ma femme et ma famille. Je suis tombé de haut, mais c’est le temps de me relever et d’avancer. »

Ce qu’il a dit

« J’ai défendu des grosses pointures. C’était bon pour l’ego. On te voit à la télé et on te reconnaît. Mais pour moi, le limelight c’est fini. »

« C’était stressant. J’ai reçu des lettres de menaces. Quand t’es dans ce milieu-là, tu peux pas prendre le téléphone et appeler la police. »

« Pour me protéger, on m’a procuré une arme à feu que je n’avais pas le droit d’avoir et avec laquelle je n’ai jamais joué. D’ailleurs, c’est seulement après mon arrestation que j’ai su que les balles ne “ matchaient ” pas [le calibre de] l’arme. »

« Si j’avais écouté ma femme, je ne serais pas ici aujourd’hui. On se pense toujours plus intelligent que les autres. Mais je ne voyais plus la réalité en face. »

« Je n’ai plus de nouvelles de ces personnes-là et j’en veux pas non plus. Depuis que j’ai pris mes distances, je dors mieux. »

« Je n’aurais jamais pensé que je passerais mon 63e anniversaire en prison. J’ai appris ma leçon. »

« Mon petit-fils de 12 ans a appris dans le journal que je m’étais fait arrêter. Comment tu lui expliques ça après ? »

- Loris Cavaliere, ex-avocat condamné