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Missions de paix: toujours pas d’engagement ferme du Canada

Missions de paix: toujours pas d’engagement ferme du Canada
AFP

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OTTAWA | Plus de 15 mois après avoir promis de déployer jusqu’à 600 casques bleus pour participer à des missions de paix, le gouvernement Trudeau a annoncé mercredi les grandes lignes d’un plan sur cinq ans qui n’identifie toujours aucun théâtre d’opération ni de chiffres précis sur les ressources mobilisées.

«La nature des conflits a changé, la nature des opérations de paix aussi», a affirmé le premier ministre Justin Trudeau pour justifier la nouvelle approche du Canada. Il s’exprimait dans le cadre de la conférence de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur le maintien de la paix, à Vancouver, en Colombie-Britannique.

Des orientations, peu de précisions

Essentiellement, Ottawa compte orienter son action vers l’assistance technique et la formation par une série «d’engagements intelligents».

Pour le premier de ces deux volets, le Canada mettra notamment à la disposition des Nations unies (ONU) deux équipes de support aérien et une unité d’intervention rapide d’environ 200 personnes. Ces ressources pourraient être offertes pour une période d’un an.

En ce qui a trait à la formation, le fédéral prévoit envoyer du personnel policier et militaire dans différents centres de formation, en plus de porter assistance aux troupes sur le terrain dans un ou deux pays identifiés par les Nations unies et dont les besoins s’arriment avec les objectifs du Canada.

Dans les deux cas, le gouvernement n’est pas en mesure de chiffrer précisément les effectifs totaux qui seront déployés ni où ils seront appelés à opérer.

Ottawa parle d’un maximum de 600 personnes qui pourraient être mobilisées au même moment sur cinq ans. On comprend toutefois que ce chiffre pourrait être beaucoup plus bas et que les ressources seront attribuées à la pièce, dépendamment des besoins de l’ONU, plutôt que de privilégier un engagement massif.

Le gouvernement Trudeau a également annoncé mercredi un projet-pilote sur cinq ans visant à augmenter la présence féminine dans les déploiements. Le Canada contribuera à cet effet 21 millions $ à l’ONU, dont 15 millions $ pour la mise sur pied d’un fonds pour aider d’autres pays à encourager une participation accrue des femmes aux opérations de paix.

Coquille vide et promesse brisée

«C’est la montagne qui accouche d’une souris, a commenté Bruno Charbonneau, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand et spécialiste des opérations de paix. Il y a de grandes initiatives, mais pas d’engagements précis. C’est très décevant.»

L’expert juge que l’annonce de mercredi est «le clou dans le cercueil» de la candidature du Canada pour un siège au Conseil de sécurité de l’ONU en 2020.

Du côté de l’opposition officielle, on parle d’une «promesse brisée». «Les libéraux arrivent avec un plan qui est très loin de ce qui était annoncé. Nos militaires attendent depuis deux ans d’avoir une mission et aujourd’hui on apprend qu’il n’y aura rien pour eux. C’est jouer avec les Canadiens», a déploré le porte-parole conservateur en matière de sécurité publique, Pierre Paul-Hus.

Le député du Bloc québécois Michel Boudrias a abondé dans le même sens. «On parlait de 600 hommes des forces armées combinés à 150 policiers, et là on est rendu à 200 militaires pour une éventuelle mission. Il y a une méchante différence», a constaté l’ancien militaire.

Le Nouveau Parti démocratique considère, lui, que le gouvernement a mis beaucoup trop de temps pour annoncer un si petit engagement. «On veut rétablir notre réputation dans le monde. Nous étions un vrai leader avant. Ce n’est pas une annonce qui reflète notre position historique», a critiqué le chef néodémocrate Jagmeet Singh.