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La SRC est blâmée pour harcèlement psychologique

La Société d’État a été condamnée à indemniser une ancienne employée

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Photo Amélie St-Yves Le climat de travail entre les employés pendant l’émission du matin à Radio-Canada Trois-Rivières était très tendu.

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TROIS-RIVIÈRES | Le harcèlement psychologique subi par une employée de Radio-Canada l’a menée à souffrir d’angoisse, d’attaques de panique et de dépression majeure.

Dans un jugement de 87 pages d’un tribunal d’arbitrage, suivant le dépôt de trois griefs, Radio-Canada a été blâmée pour le harcèlement psychologique et l’abus de pouvoir qu’elle a fait vivre à Marie-Claude Caya. Elle a notamment été réalisatrice à l’émission du matin de la Société d’État à Trois-Rivières pendant deux ans.

Les événements ont mené Mme Caya à souffrir d’angoisse, d’attaques de panique, d’insomnie et de perte de confiance en elle, jusqu’à devoir être en arrêt de travail pour dépression. Il lui arrivait même d’être malade avant d’aller au boulot, selon son témoignage.

« Le caractère répétitif et non désiré de ces gestes ne fait aucun doute. Par ce comportement, l’employeur isolait la plaignante dans son milieu de travail et refusait de lui apporter tout soutien », a tranché l’arbitre, Me Nathalie Faucher.

Selon la version donnée par les anciens collègues de travail de Mme Caya, celle-ci voulait tout contrôler.

L’équipe s’est tannée de l’attitude autoritaire de Mme Caya et un membre a rencontré sa supérieure, Nancy Sabourin, à la mi-juin 2011.

Nancy Sabourin l’a ensuite rencontrée pour lui faire part de ses doutes « sur ses capacités de leadership dans l’équipe de l’émission ». Tout se déroulait bien jusqu’à cette rencontre, car la directrice a tenté de réaffecter Mme Caya à un poste de journaliste, ce qu’elle a refusé.

La plaignante a eu l’impression d’être ignorée par les patrons à partir de ce moment-là, tandis que les employés passaient par les cadres au-dessus d’elle et ne respectaient pas son autorité.

Évaluation

En février 2012, Mme Caya reçoit de Mme Sabourin la note D pour l’évaluation d’une émission. Dix jours plus tard, les 22 et 23 février, une équipe de l’Ontario donne de très bons résultats à l’émission.

Pour ajouter de l’huile sur le feu, Nancy Sabourin choisit et embauche une recherchiste et un chef de pupitre sans consulter la réalisatrice.

Radio-Canada met fin au contrat de la plaignante le 30 avril 2012 pour le 1er juin suivant. Mme Caya tombe en congé de maladie le 7 mai pour dépression majeure d’intensité modérée. Elle n’avait pas d’antécédents.

L’arbitre a finalement tranché que Marie-Claude Caya a été victime de harcèlement psychologique, d’abus de pouvoir, que l’évaluation du 13 février était arbitraire, que la Société d’État a contrevenu à la convention collective en embauchant une recherchiste sans la participation de la réalisatrice et que la SRC a abusé de ses droits dans la façon dont elle a traité l’employée.

Dédommagement

Radio-Canada était toutefois dans son droit de ne pas renouveler le contrat.

Radio-Canada devra verser un dédommagement financier à son ancienne employée. Un arbitre devra statuer sous peu du montant qu’elle recevra.

Ni Marie-Claude Caya ni Radio-Canada n’ont voulu commenter.

Rappelons que Radio-Canada a diffusé cette semaine un reportage sur des allégations de harcèlement psychologique à l’endroit de l’acteur Gilbert Sicotte, qui a par la suite été suspendu de son poste d’enseignant au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. La SRC a par la suite reçu plusieurs plaintes. M. Sicotte ne fait l’objet d’aucune accusation en lien avec les présumés événements.

Extraits du jugement

« Mme Caya [Marie-Claude] perçoit que Mme Sabourin [Nancy] veut qu’elle quitte son poste, mais elle ne lui donne aucune raison particulière. Elle lui dit simplement : “Je ne te vois pas là.” »

« Mme Sabourin a témoigné que sa porte était toujours ouverte, mais de toute évidence elle ne l’était pas vraiment pour la plaignante. En janvier, elle refuse à nouveau de la rencontrer. »

« Cette dernière [Marie-Claude Caya] était la seule à ignorer la nature du comportement fautif qui lui était reproché. Comme l’a si bien souligné sa supérieure, elle n’était tout simplement pas sur la même planète que ses collègues. Elle sentait bien évidemment qu’elle devait corriger quelque chose puisqu’on lui avait remis des objectifs et qu’on avait tenté de l’amener à quitter son emploi. »

« La preuve médicale a démontré que ces gestes ont eu un impact sur son intégrité psychologique et ont rendu son milieu de travail néfaste. Outre son arrêt de travail pour dépression, Mme Caya a subi divers symptômes [attaques de panique, angoisse, insomnie, perte de confiance, vomissements, etc.] qui en témoignent. »