/lifestyle/books
Navigation

Parcours unique de Moscou à Montréal

Kim Yaroshevskaya
Photo courtoisie Jennifer Alleyn

Coup d'oeil sur cet article

Kim Yaroshevskaya, cette formidable comédienne et conteuse qui a bercé toute une génération avec son personnage de Fanfreluche, raconte son exceptionnel parcours de vie dans une autobiographie délicieuse, Mon voyage en Amérique.

À l’âge de 10 ans, la petite Kim a quitté Moscou pour rejoindre ses grands-parents maternels à New York. Mais le voyage, rempli de revirements inattendus, la conduit à Québec à bord du paquebot LAURENTIC, puis chez sa tante à Montréal.

Dans ce beau livre illustré de photos d’époque, de lettres, d’illustrations, de documents, elle raconte son enfance auprès de sa grand-mère paternelle, mais aussi les moments difficiles vécus sous le régime de Staline. Elle évoque les grands moments de sa carrière, raconte des anecdotes passionnantes, partage ses souvenirs avec émotion.

INOUBLIABLE PERSONNAGE

Passionnée par la danse, la musique et le théâtre, elle a créé l’inoubliable personnage de Fanfreluche, qu’elle a incarné à la télé de Radio-Canada pendant une quinzaine d’années. Elle a joué Tchékhov, Tennessee Williams, Ionesco, Pirandello... et a joué dans une quinzaine de films.

« Fanfreluche, je l’ai inventée à partir de souvenirs de mon enfance, souvenirs de contes, de ballet, et surtout de mon grand désir inassouvi d’avoir une poupée. (À cette époque, en URSS, on croyait que jouer à la poupée empêchait les petites filles de devenir courageuses et fortes !) Au début, ma Fanfreluche dansait plus qu’elle parlait. Avec le temps, elle s’est mise à lire les contes et y intervenir, en essayant d’y améliorer l’état des choses ! » témoigne-t-elle en entrevue par courriel.

« Plusieurs personnes m’ont dit que quand ils étaient enfants, Fanfreluche leur a permis d’espérer – elle leur a permis de penser qu’on pouvait changer les choses... Du moins essayer... Alors, malgré certains moments de grâce dans des rôles au théâtre, je pense que c’est Fanfreluche qui était mon rôle le plus important. »

CULTURE RUSSE

Kim Yaroshevskaya ne s’est jamais sentie étrangère au Québec. « C’est peut-être parce qu’après la mort de ma mère quand j’avais 5 ans, changer de milieu ou de lieu où je vivais était devenu chose habituelle pour moi... Et puis j’étais bien accueillie ici. »

Le milieu de sa tante étant anglophone, elle est allée à l’école anglaise. « J’ai commencé à parler français en allant à l’École des Beaux-Arts, puis avec mon amoureux francophone, puis en chantant des chansons de folklore avec mes amis de l’Ordre de Bon Temps, puis avec les enfants à qui j’enseignais à danser dans les centres de loisirs de Montréal. »

Son âme et sa culture russe ont coloré ses personnages à la télévision et au théâtre. Elle note d’ailleurs que le livre La formation de l’acteur, écrit par le grand homme de théâtre Constentin Stanislavski, a été très important dans son apprentissage. Elle a aussi dirigé un Atelier Tchékhov pour des comédiens qui, comme elle, aimaient jouer les œuvres de « cet extraordinaire dramaturge ».

Aux jeunes artistes, qu’elle trouve « beaux et talentueux », elle exprime ceci : « Comme ils sont bons ! Qu’ils continuent à faire ce qu’ils font avec ce plaisir, je n’ai pas d’autre conseil à leur donner ! »

Kim Yaroshevskaya a joué dans de nombreuses pièces de théâtre et participé à de nombreuses émissions télévisées, dont Passe-Partout, et s’est illustrée dans une quinzaine de films.

Elle a reçu l’Ordre du Canada en 1992.

Elle est devenue Compagne des Arts et des lettres du Québec en 2017.

EXTRAIT

« Le paquebot transatlantique qui nous emmenait à Québec partait de Liverpool, alors nous y sommes retournés.

C’était un immense paquebot.

Son nom, écrit sur son bord en grandes lettres de l’alphabet latin, était LAURENTIC.

Et c’était écrit partout à l’intérieur : sur les assiettes, les serviettes, les chaises longues... C’est donc par ce mot que j’ai commencé à apprendre l’alphabet latin. Et la prononciation de ses lettres : L-A-U-R-E-N-T-I-C. »

— Kim Yaroshevskaya, Mon voyage en Amérique, Éditions du Boréal