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Le bal des extrêmes

Manifestation de La Meute, à Québec, le 20 août dernier.
Photo d’archives Manifestation de La Meute, à Québec, le 20 août dernier.

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Il y a deux semaines, on a assisté à Montréal à une manifestation d’extrême gauche qui, officiellement, prétendait lutter contre le racisme.

Dimanche prochain, ce sera au tour de groupuscules comme La Meute et Storm Alliance de battre le pavé pour dénoncer les accusations de racisme et le niqab en brandissant des drapeaux à patte de loup et autres bizarreries.

Ces organisations miliciennes cultivant un style paramilitaire se présenteront comme les gardiennes de la démocratie. On appelle ça avoir le sens de l’humour.

Violence

Les médias ont aussi un sens de l’humour prononcé lorsqu’ils disent de ces groupuscules fédéralistes qu’ils sont ultranationalistes.

Sans paniquer, il y a de bonnes raisons de s’inquiéter de la multiplication de ces manifestations où des radicaux de gauche et de droite prétendent prendre la rue et imposer à l’opinion publique leurs obsessions.

Car on ne se contera pas d’histoires : l’extrême gauche et l’extrême droite s’attirent mutuellement. Ils se cherchent, se trouvent souvent, rêvent de s’affronter, se hurlent des slogans. Elles ne tolèrent pas qu’on ne voie pas comme elles le monde en noir et blanc.

Et puisque les médias sont souvent au rendez-vous et n’hésitent pas, par sensationnalisme, à leur donner une importance exagérée, qui ne correspond certainement pas à leur poids dans la population.

Le débat politique a-t-il fait faillite à ce point qu’il faille désormais se tourner vers une caricature de débat où les partis sont remplacés par des mouvements politiques étrangers à la culture démocratique ?

Les uns, à l’extrême gauche, aiment se cagouler et rêvent à la révolution. Ils ont souvent un préjugé favorable à la violence comme moyen de transformation sociale.

Les autres, à l’extrême droite, s’organisent autour de groupes qui se veulent secrets et clandestins. Ils flirtent avec un imaginaire militaire et rêvent manifestement de « rétablir l’ordre » en cas de troubles.

Les débats engendrés par l’immigration massive, les accommodements ethnoreligieux, la présence de plus en plus visible d’un islam militant dans l’espace public sont des questions essentielles.

Elles touchent aux fondements culturels et identitaires de notre société. Il est normal qu’elles excitent les passions. Et quoi qu’on en pense, le débat public n’a pas toujours le charme d’un échange courtois entre universitaires sophistiqués.

C’est pour cela que nos partis politiques ne doivent pas se contenter de propos fades, sans profondeur et sans saveur. Plus ils étouffent les débats, plus des groupuscules marginaux risquent de les récupérer à leur avantage.

Débat

Une chose est certaine : si la démocratie s’enrichit de vifs débats, elle dégénère lorsque ceux-ci sont menés par des enragés qui rêvent d’en découdre physiquement avec leurs adversaires­­ et qui proposent moins des solutions fermes que des solutions extrêmes à nos problèmes sociaux.

Ni la Meute, ni la Storm Alliance, ni les Antifas, ni les anarchistes radicaux, ni les pseudo-antiracistes qui voient du racisme partout ne sont des acteurs politiques désirables.

Qu’ils s’expriment comme ils veulent, c’est leur droit, mais qu’on les laisse dans les marges où se coagulent les excités. Les Québécois méritent mieux qu’eux pour construire leur avenir.