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Trop endetté à la retraite, il doit choisir la faillite

Trop endetté à la retraite, il doit choisir la faillite
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À 67 ans, Victor profitait pleinement de sa retraite. Avec un fonds de pension garanti, il se croyait à l’abri des soucis financiers. Malheureusement, il a lui aussi, comme tant d’autres, été happé par la spirale de l’endettement...

Divorcé depuis 10 ans, Victor vit seul en appartement. Il a travaillé comme col bleu municipal toute sa vie, et a pris sa retraite il y a trois ans. Son fonds de pension lui procure un revenu de 2100 $ par mois, et il touche aussi des rentes au niveau provincial et fédéral, pour un montant total de 2760 $ par mois.

Son fonds de retraite, indexé et garanti, lui a toutefois procuré un faux sentiment de sécurité. Il pensait que ce n’était pas grave de partir à la retraite avec des dettes, puisque ses revenus lui permettraient malgré tout d’y faire face.

De fil en aiguille, le solde de sa carte de crédit a grimpé jusqu’à 19 000 $. Or, avec un taux d’intérêt de près de 20 % et des paiements minimums de 600 $ par mois, il ne voit pas le jour où il pourra en venir à bout.

Victor a aussi un prêt personnel de 7000 $ et une marge de crédit de 8000 $, contractés avant sa retraite, dont les remboursements respectifs sont de 210 $ et de 160 $ mensuellement. Au bout du compte, il doit payer 970 $ tous les mois uniquement pour s’acquitter de ses dettes. Si l’on y ajoute des dépenses personnelles de 2440 $, il dépasse largement ses revenus de retraite.

Sortir du cercle vicieux

C’est pour sortir de ce cercle vicieux que Victor est allé consulter Pierre Fortin, syndic autorisé en insolvabilité, président de Jean Fortin et Associés. Préalablement, Victor avait tenté d’obtenir un prêt de consolidation, mais sans succès. Cette solution aurait pourtant été avantageuse, lui permettant de ne faire qu’un versement unique à l’institution financière prêteuse, et ce à un taux d’intérêt moins élevé que celui de sa carte de crédit. Mais les revenus de retraite sont, de par la loi, insaisissables. Par conséquent, si Victor avait cessé d’effectuer ses versements, la banque n’aurait pas pu saisir ses revenus afin de se rembourser. De plus, son niveau d’endettement a aussi été jugé trop élevé pour qu’on lui consente un prêt.

Aucun bien ou actif n’étant en jeu, Pierre Fortin a donc conseillé à Victor de faire faillite. Il pourra ainsi se libérer de ses dettes de cartes de crédit, mais aussi de son prêt personnel et de sa marge de crédit. Il devra toutefois verser un montant de 170 $ jusqu’à la libération de sa faillite, dans 21 mois.

Sa cote de crédit sera affectée pendant six ans, mais Victor étant à la retraite, l’impact sur sa vie économique sera moindre.

« Même si ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il a choisi la faillite, avec 800 $ de moins par mois à payer, Victor réussira enfin à joindre les deux bouts », conclut Pierre Fortin.

Conseils

  • Il est préférable d’arriver à la retraite avec peu ou pas de dettes de consommation, conseille Pierre Fortin. Car même avec un confortable fonds de pension, votre revenu équivaudra en moyenne à 70 % de celui que vous aviez avant de cesser de travailler. Certes, vous aurez à réduire certains postes de dépenses comme les sorties et les vêtements, mais il n’empêche que votre revenu ne sera pas nécessairement suffisant.
  • La tranche d’âge des 65 ans et plus est la seule où le nombre de propositions et de faillites est en hausse. « Les gens arrivent à la retraite avec non seulement une hypothèque sur leur maison, mais aussi des dettes de consommation dont le remboursement coûte cher », prévient Pierre Fortin.
  • Cette tranche de la population est également très vulnérable, car un grand nombre habite seul et a donc un revenu familial moindre. « Soixante-cinq pour cent des personnes de 65 ans et plus ayant déposé un dossier chez Jean Fortin en 2016 habitaient seuls. Or, de faibles revenus réduisent aussi la capacité d’avoir accès à des formes de crédit moins onéreuses que des cartes de crédit à 20 % d’intérêt », remarque Pierre Fortin.