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La nouvelle négritude

Boutique Adidas
Photo Ben Pelosse

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On pourra casser tout le sucre que l’on veut sur ce gérant de la boutique Adidas à Montréal, qui a pensé dire « un mot en français » pour « accom­moder » lors de l’ouverture­­­ officielle.

Mais le jeune homme voulait bien faire. Et c’est là le drame : son inconscience de la signification profonde de ce qu’il faisait.

Il avait complètement intériorisé que le respect du français est devenu une politesse de surface à laquelle on se plie « parce qu’il le faut bien ».

Inconscience

Tous ces francophones qui faisaient la file devant la boutique le lendemain étaient indifférents, rangeant sans doute l’affaire dans la catégorie des tempêtes dans un verre d’eau.

Et c’est aussi le drame : leur inconscience­­­ collective.

Hier également, des gens qui connaissent le jeune homme expliquaient aux médias qu’il n’est pas « méchant », comme si c’était ce qu’on lui reprochait.

Eux aussi, totalement inconscients du fond du problème, qui est le pommier et non la pomme.

Redisons-le : rien de ceci n’est la faute des anglophones.

C’est beaucoup leur demander que de respecter des francophones qui ne se respectent pas eux-mêmes.

C’est encore moins la faute des immigrants : dès leur arrivée ici, pas idiots, ils voient clairement la direction du vent.

C’est de notre faute. Nous redevenons des colonisés. Point à la ligne.

Le colonialisme est particulièrement insidieux quand il ne prend pas l’allure d’une oppression caractérisée, comme c’est le cas chez nous.

Au Québec, il prend deux formes principales.

D’abord, vous avez le francophone qui n’exige pas le respect de sa langue parce qu’il ne veut pas faire chier, ne veut pas passer pour un « fatigant ».

Celui-là s’excuse presque que sa langue soit un dérangement. Il a l’âme d’un valet.

Ensuite, vous avez le francophone qui trouve « cool » de passer à l’anglais. Il a le sentiment de s’élever, de pénétrer dans les salons qui comptent vraiment.

Ce petit monsieur se justifiera en invoquant son « ouverture », sa « modernité­­­ », son « réalisme ».

Imiter

Au contraire du valet, qui comprend sa condition et vit son humiliation en silence, ce petit monsieur satisfait et fier de lui se drapera dans une posture­­­ de supériorité ricaneuse.

Il fera le smatte.

Il n’a plus de temps à perdre avec les combats surannés de papy. La liberté, pour lui, se réduit à être ce qu’il veut.

Il est peut-être plus profondément colonisé que le premier, car il essaie, plus ou moins consciemment, d’imiter son maître.

Si vous lui en faites la remarque, vous récolterez incompréhension, car il ne réalise plus qu’il singe le maître, ou agressivité, quand il s’aperçoit que vous avez démasqué son double jeu.

Les nouveaux « Nègres blancs d’Amérique » textent en vêtements griffés et espadrilles de luxe.

Mais ce sont encore des domestiques.