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Le parti du West Island

L’ancien premier ministre Jean Charest en compagnie de Philippe Couillard
Photo Annie T. Roussel L’ancien premier ministre Jean Charest en compagnie de Philippe Couillard

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Le Parti libéral du Québec a tenu son 33e Congrès des membres du 24 au 26 novembre. Il coïncidait, cette année, avec son 150e anniversaire de fondation.

L’étoile va, sans conteste, à son ex-chef, Jean Charest, qui a littéralement volé la vedette avec son humour décapant et son affection spontanée à l’égard des militants, qui lui demeurent profondément attachés et s’ennuient terriblement de lui.

La question s’est posée durant la course au leadership du PLQ, en 2012. Que faire de Jean Charest ? Pour Pierre Moreau et Raymond Bachand, les deux rivaux de Philippe Couillard, leur loyauté à l’égard de leur ancien chef ne souffrait d’aucun doute.

Mais pour M. Couillard, c’était autre chose. Après avoir fait le caméléon, il s’est ravisé quand il a constaté que, sur le terrain, les militants libéraux lui étaient toujours fidèles. Or, il avait besoin de leurs votes pour le congrès à la chefferie.

Une fois au pouvoir, il a multiplié les déclarations pour parler du « PLQ nouveau » et se distancier de Jean Charest, au grand dam de bon nombre de ses ministres et députés. Ils étaient d’ailleurs très fiers de l’accueillir à leur congrès, samedi dernier.

Par contre, ce n’est un secret pour personne que la fibre affective des militants libéraux ne bat pas pour ce premier ministre cérébral et distant qui les ignore, à la limite du mépris, et qui passe à côté de plusieurs ténors du PLQ, sans même les saluer.

Il était donc temps que Jean Charest revienne, ne serait-ce que pour un soir. Avec 21 % du vote francophone, un recul historique, selon le dernier sondage Léger-Le Devoir d’octobre dernier, le PLQ s’en va droit au mur.

Une béquille pour les anglophones

Ce congrès a aussi permis de confirmer le profond désarroi du premier ministre Couillard face à la désaffection des Québécois à l’égard du PLQ ou de ce qu’il en reste.

Il a suffi d’une publicité de la Coalition avenir Québec, en juin dernier, courtisant les anglophones, ces captifs du PLQ, pour qu’une série de mesures soit adoptée.

Contrairement à ce qu’il avait affirmé, en 2013, il a confié à la ministre Kathleen Weil, celle qui a échoué lamentablement dans la francisation des immigrants et précipité le gouvernement dans la controverse du « racisme systémique », la responsabilité d’un Secrétariat aux anglophones.

Une béquille pour une communauté qui a déjà été un pilier du PLQ, qui pouvait compter sur des ministres d’envergure comme Victor Goldbloom, ministre des Affaires municipales, Herbert Marx, ministre de la Justice et de la Sécurité publique, et bien d’autres, et qui n’a jamais eu besoin d’un « valet » pour porter ses messages au premier ministre.

Que de paternalisme quand un premier ministre traite les anglophones qui ont façonné le Québec et ses institutions comme de nouveaux arrivants « sans sentiment d’appartenance au Québec » !

Dans cette frénésie électoraliste, une résolution lourde de conséquences a été adoptée au congrès du PLQ, le 25 novembre dernier. Elle exige que le gouvernement libéral évalue au préalable l’impact de tout projet de loi, de tout règlement ou de toute politique sur « les citoyens d’expression anglaise ».

Avec une telle disposition, jamais feu Robert Bourassa n’aurait pu adopter la loi 22 faisant du français la langue officielle du Québec, et feu Camille Laurin n’aurait eu qu’à aller se rhabiller pour ce qui est de la loi 101.