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Aveuglés par la cause

Un total manque d’empathie pour les victimes...

GEN-POLYTECHNIQUE-COMMEMORATION
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Ainsi, devant le tollé suscité par leur annonce, les militants de Tous contre un registre des armes à feu ont décidé de ne pas manifester dans le parc commémorant les 14 victimes de Polytechnique.

Qu’importe : le mal est fait.

Ils ont pensé que c’était une bonne idée.

Si ce n’était de la réaction unanime des politiciens et des commentateurs, ces gens auraient mis leur plan débile à exécution.

ABSENCE D’EMPATHIE

Comme m’a dit Alex Leblond, un confrère de CHOI RadioX : « Manifester contre le registre des armes à feu dans ce lieu, c’est comme si La Meute manifestait contre l’islamisation devant la mosquée de Québec. »

On ne peut trouver meilleure image.

C’est aussi aberrant, aussi scandaleux.

Il y a quelques semaines, à l’émission Les francs-tireurs à Télé-Québec, j’ai reçu Guy Morin, l’organisateur de cette manif, pour discuter du contrôle des armes à feu.

« Le problème avec les gens comme toi, c’est qu’on a l’impression que vous n’avez aucune empathie pour les victimes d’armes à feu, lui ai-je dit.

– Eh bien, c’est faux. J’ai beaucoup d’empathie pour ces personnes... », m’a-t-il répondu.

Désolé, mais j’ai de la difficulté à le croire.

Si monsieur Morin éprouvait effectivement de l’empathie pour les victimes de cet horrible massacre, il n’aurait jamais eu cette idée.

Je sais ce que certains diront : les militants pour un meilleur contrôle des armes à feu instrumentalisent bien Poly depuis des années, pourquoi les proarmes ne pourraient-ils pas faire la même chose ?

Parce que c’est obscène, c’est tout.

C’est inopportun, c’est déplacé.

SE TIRER DANS LE PIED

C’est bien beau, la cause, mais il y a aussi quelque chose qui s’appelle la décence.

Certains militants sont tellement aveuglés par la cause qu’ils défendent qu’ils ne voient plus ce qui saute aux yeux de tout le monde.

Pardonnez-moi le mauvais jeu de mots, mais en organisant cette manif qui a été décriée de toutes parts, Guy Morin s’est tiré dans le pied.

Il a jeté aux poubelles des années de lutte menée par les défenseurs d’armes à feu pour briser le stéréotype du propriétaire de guns égoïste, davantage choqué par le fait de devoir enregistrer sa carabine que par la vue d’une fille de 18 ans gisant dans son sang.

Oubliez votre cause, chers chasseurs.

Guy Morin l’a flushée dans les toilettes.

Ça n’avançait pas assez vite à son goût ? Alors il a décidé d’y mettre le feu.

Vous avez été abattu par l’un des vôtres.

Comment on appelle ça, déjà ? Ah oui : un tir ami.

En plein dans le dos.

LE COUP EST PARTI

C’est ce qui arrive quand on prend une cause trop à cœur.

On ne voit plus la vie autour.

On ne discute plus, on argumente.

La vie devient comme un casse-tête, avec une image déjà toute faite. Chaque pièce a une place assignée.

Rien qui ne dépasse, rien qui ne « fitte » pas.

On est « loadé » comme un gun, et on est sûr d’avoir raison quoi que l’on fasse.

Convaincu d’être dans la bonne voie, alors qu’on est dans le champ...

Guy Morin et sa bande ont reculé ? Trop tard.

Le coup est parti, et il nous a atteints en plein cœur.