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Imposer les robots

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Décidément, quand vient le temps d’aller en chercher un peu plus dans vos poches, les politiciens ne manquent pas d’idées.

En Europe, une politicienne a suggéré, l’an dernier, de « taxer les robots ». La logique est la suivante : si les robots remplacent de plus en plus de travailleurs dans l’avenir, il faudra imposer le travail de ces robots un peu comme on impose le salaire des travailleurs, afin de ne pas diminuer les recettes de l’État.

Ce n’est pas la lubie d’une seule politicienne. Nul autre que Bill Gates, fondateur de Microsoft, a appuyé l’idée. Et de plus en plus de commentateurs, dont certains au Québec, commencent à trouver l’idée intéressante.

Qu’est-ce qu’un robot ?

Il est vrai que l’automatisation et l’intelligence artificielle risquent de bousculer le marché du travail. Un rapport du Brookfield Institute for Innovation and Entrepreneurship l’an dernier stipulait que 42 % des emplois au Canada se trouvent menacés par la robotisation d’ici 20 ans. Aux États-Unis, par exemple, on parle de plus en plus de camions sans chauffeurs qui pourraient bientôt « voler » les emplois de millions d’Américains.

Il y a en fait deux inquiétudes par rapport aux « robots ». L’une d’elles concerne les travailleurs, et l’autre, les revenus des gouvernements. Dans les deux cas, on s’inquiète pour rien.

D’abord, trouvez-moi une définition claire d’un robot. Est-ce le bras automatisé que l’on trouve sur les chaînes de montage ? Les caisses automatisées dans les supermarchés ? Une application web ? Est-ce qu’on devrait imposer la suite bureautique Office, de Microsoft, parce qu’elle a remplacé des emplois de commis et de secrétaires ? Où trace-t-on la ligne entre une innovation qui remplace un travailleur, et une autre qui permet à ce même travailleur d’être plus productif et d’augmenter son salaire ?

Surtout, imposer la technologie d’un montant équivalent à ce que payait l’employé prétendument remplacé serait ni plus ni moins qu’une double imposition pour les entreprises, dont de nombreuses PME. Si un robot ou la technologie en général permet à une entreprise d’augmenter son chiffre d’affaires et ses profits, celle-ci payera plus d’impôts en fin de compte. La contribution de ses « robots » est donc déjà imposée.

Rien ne se perd, rien ne se crée

Cette crainte que la machine remplace l’homme et l’envoie au chômage de façon permanente est vieille comme le monde, et n’a jamais été fondée. Les nouvelles technologies créent de nouvelles possibilités et de nouveaux emplois chaque année. Des emplois disparaissent, d’autres se créent. Et aux dernières nouvelles, le taux de chômage n’a jamais été aussi bas !

Si un politicien veut aider le travailleur à faible revenu, il peut exempter d’impôt ce dernier ou diminuer les taxes sur la masse salariale, ce qui rendra ce travailleur relativement moins coûteux qu’un robot aux yeux de l’employeur. Ce sera plus efficace et moins compliqué.

Mais n’allez pas croire que l’État va se priver de revenus à cause des robots, et qu’une nouvelle taxe est nécessaire. Depuis 40 ans, il y a eu d’énormes progrès technologiques et une tonne d’emplois ont disparu. Pensez-vous que l’État en a souffert ?

Au contraire, il n’est jamais allé chercher autant d’argent dans vos poches qu’aujourd’hui !