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Le politiquement correct devenant indigeste

Commencer chaque conseil en affirmant être en territoire autochtone non cédé ? Non merci.
Photo Agence QMI, Dominick Gravel Commencer chaque conseil en affirmant être en territoire autochtone non cédé ? Non merci.

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La mairesse de Montréal tient son premier conseil de ville. Ses premiers mots sont pour rappeler qu’elle siège en « territoire autochtone non cédé ». Son prédécesseur Denis Coderre amorçait des discours avec les mêmes mots. Est-ce pertinent ? Pas vraiment. Est-ce vrai ? Pas sûr du tout.

En fait, la plupart des historiens s’entendent pour dire qu’à la fondation de Montréal en 1642, il n’y avait même plus d’établissement fixe des Iroquoiens du Saint-Laurent, la nation qui aurait auparavant habité Hochelaga. Quant à la prétention d’un territoire mohawk, ceux-ci se trouvaient plus au sud, surtout dans l’État de New York.

Officiellement, les Mohawks souhaiteraient qu’on parle toujours d’un territoire mohawk non cédé. Les Hurons-Wendat revendiquent aussi Montréal, puisque l’île fait partie de la vallée du Saint-Laurent et des Grands Lacs. Compliqué ? Qui a été où, et à quel moment ? Plusieurs étaient plutôt nomades. Établi dans quel lieu en quelles années ? Difficile d’être certain.

Les fouilles archéologiques permettent aux historiens d’en apprendre encore. Dans un tel contexte, imaginez combien les politiciens se couvrent de ridicule en tranchant ces questions historiques.

Opportunisme politique

Alors pourquoi des élus en autorité répètent-ils à satiété une affirmation probablement erronée ? Réponse simple : parce qu’ils pensent que c’est politiquement payant. Ils pensent qu’il est de bon ton à l’ère Trudeau que la majorité s’autoflagelle. Ils pensent que dans la bien-pensance dominante, une telle approche donne bonne bouche.

Oui, je souhaite qu’on trouve des solutions concrètes pour que les jeunes Autochtones aient un avenir plus reluisant. Oui, je veux que les femmes autochtones retrouvent respect et sécurité. Mais je trouve totalement inutiles ces réinterprétations opportunistes et grotesques de ce qui s’est passé à Hochelaga entre 1600 et 1650.

Commencer chaque réunion du conseil par ce rappel constitue un symbole vide et tordu. Si Valérie Plante veut agir pour le bien des Autochtones en 2017, qu’elle le fasse.

Le patrimoine selon QS

En matière de rectitude politique ridicule, disons que la palme de la semaine revient néanmoins à Québec solidaire. Lors de leur congrès de la fin de semaine prochaine, les militants du parti de gauche discuteront d’une proposition pour éliminer l’usage du mot PATRIMOINE. Parce que la racine « patri » réfère au père. Discrimination envers les femmes !!!

Le patrimoine de l’UNESCO porte un regard discriminatoire sur le monde ! Absurde comme débat, mais il y a néanmoins des gens qui y ont pensé, qui militent pour cela et pensent qu’ils vont ainsi rallier des gens.

On ne peut plus dire patrimoine... OK, j’ai des suggestions. On pourrait dire dans chaque discours « le patrimoine et le matrimoine ». Ce serait inclusif ! Oui, mais « moine »... Les moines sont des hommes, religieux en plus. Non non non.

J’ai mieux : on remplace PATRI par MULTI (plus inclusif). Et on remplace MOINE par FONCTIONNAIRE. C’est neutre : un fonctionnaire ou une fonctionnaire.

On ne parlera donc plus du patrimoine architectural du Vieux-Québec, mais bien du multifonctionnaire architectural du Vieux-Québec. Beaucoup mieux. Ma contribution au progrès.