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Chantier Davie : « une mobilisation sans précédent »

Des centaines de personnes et une dizaine d’élus ont démontré leur soutien

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, étaient notamment de cette marche.
Photo Daniel Mallard Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, étaient notamment de cette marche.

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Les politiciens québécois ont laissé tomber les frontières partisanes le temps d’un dimanche après-midi, à Lévis, pour une marche en soutien aux centaines de travailleurs du chantier naval Davie.

L’imposant cortège, avec le premier ministre Philippe Couillard en tête de file, ralliait des élus provinciaux du Parti libéral, de la Coalition avenir Québec et du Parti Québécois. Les quatre principaux partis représentés à la Chambre des communes avaient aussi délégué un émissaire sur place.

« Tout le monde est réuni, aujourd’hui, au-delà des partis politiques des deux parlements. Si on est ici, c’est parce qu’on croit en la Davie », a lancé le premier ministre Couillard devant des centaines de travailleurs sur le site de la Davie.

« C’est une mobilisation québécoise sans précédent. Je suis en politique depuis 11 ans, jamais je n’ai vu une mobilisation nationale de cette envergure-là pour une cause aussi juste et légitime », s’est réjoui le député conservateur de Bellechasse–Les Etchemins–Lévis, Steven Blaney.

La fin imminente de la construction du ravitailleur Astérix sonne aussi le glas de plusieurs emplois sur le chantier naval. Déjà, 113 employés ont été mis à pied par l’employeur, alors que l’avenir de quelque 800 autres reste incertain d’ici Noël.

Répartition « injuste »

La grogne des travailleurs et des élus trouve sa source dans la répartition « injuste », croient-ils, des contrats octroyés par Ottawa. Le Canada compte trois chantiers navals importants, soit la Davie à Lévis, le chantier Irving à Halifax et la Seaspan à Vancouver.

« [La Davie] c’est 50 % de toute la capacité de construction, et tout ce qu’on veut, c’est des contrats, rapidement. [...] Et on a, dans tout le Canada, même pas 1 % des contrats », s’est indigné le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, qui prévient le gouvernement fédéral que « la mobilisation ne fait que commencer ».

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, étaient notamment de cette marche.
Photo Daniel Mallard

Seul représentant du gouvernement fédéral sur place, le député de Louis-Hébert, Joël Lightbound, affirme avoir rencontré employeurs et syndicats au cours de la dernière semaine afin de les aider à « se faire valoir dans les processus ».

La politique et le lobbying sont le nœud du problème, selon plusieurs élus et de nombreux travailleurs, qui pointent du doigt les hauts fonctionnaires fédéraux pour l’octroi inéquitable des contrats entre les trois chantiers.

« Ça coince dans la bureaucratie »

« On a vu la volonté du gouvernement fédéral, mais il faut dire que ça coince dans la bureaucratie », a déploré Spencer Fraser, le président de la direction de Davie Canada.

Le premier ministre Philippe Couillard s’est lui aussi questionné quant aux processus décisionnels conduits par les hauts fonctionnaires fédéraux.

« Il semble qu’il y a des analyses qui soient faites de façon répétée et qui soient subtilement hostiles à la Davie. C’est le rôle des élus de dire “montrez-moi tout ça, expliquez-moi ça, prouvez-moi que votre position est la bonne” », a affirmé M. Couillard.

La Davie espère avoir sa « part du gâteau » avec la construction d’un autre ravitailleur, l’Obélix, un contrat de 600 M$.

Travailleurs et représentants syndicaux se tourneront vers Ottawa, aujourd’hui, pour faire entendre leur voix en compagnie de la chef du Bloc Québécois, Martine Ouellet.

CE QU’ILS ONT DIT
 

« Le signal clair qu’on envoie, c’est qu’il n’y a pas juste deux chantiers au Canada qui font des grands bateaux. Il y en a trois, et le meilleur, c’est ici qu’il est! »

-Philippe Couillard, premier ministre du Québec


« Il y a du lobbyisme assurément extrêmement puissant, des gens qui ont répondu à des demandes. Il n’y a aucune équité dans ce qui s’est passé. On est dans le monde de l’iniquité totale. Il n’y a pas d’équilibre, on bafoue l’expertise reconnue. »
-François Paradis, député de Lévis


« Ce n’est pas normal que les Québécois payent 20 milliards de la stratégie de construction navale canadienne sur les 100 milliards de contrats, et qu’actuellement, ce soit moins de 1% qu’on a. On ne demande pas la charité, on demande seulement que notre argent, notre 20 G$, soit investi ici pour des emplois ici, au Québec. »
-Martine Ouellet, chef du Bloc Québécois


« On demande juste à M. Trudeau, en bon père de famille, qu’il soit équitable envers ses trois enfants. Si tu donnes les clés d’un Porsche à l’un et une Ferrari à l’autre, ne donne pas des billets d’autobus au troisième. »
-Steeve Sanschagrin, travailleur et ancien v-p du Syndicat des travailleurs du chantier naval de Lauzon