/news/currentevents
Navigation

Nouveau procès pour Adèle Sorella, condamnée pour le meurtre de ses deux filles

La femme est accusée d’avoir assassiné ses filles de 8 et 9 ans en mars 2009, dans sa résidence de Laval

 Nouveau procès pour Adèle Sorella, condamnée pour le meurtre de ses deux filles
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Adèle Sorella, cette mère condamnée pour les meurtres prémédités de ses filles de 8 et 9 ans, aura finalement droit à un nouveau procès en raison de mauvaises instructions d’une juge à un jury.

La Cour d’appel a annulé lundi les deux verdicts de culpabilité rendus en juin 2013, au terme du premier procès.

Le 31 mars 2009, Sabrina et Amanda De Vito ont été retrouvées mortes, étendues côte à côte sur le plancher de la salle de jeu de leur résidence cossue de Laval. Il n’y avait pas de traces d’effraction dans la maison. D’abord introuvable, leur mère Adèle Sorella a été arrêtée plusieurs heures après, dans sa voiture qui venait d’être accidentée.

Au procès, la Couronne a avancé la théorie selon laquelle les filles auraient été tuées par asphyxie dans une chambre hyperbare, un appareil thérapeutique qui administre de l’oxygène sous pression, servant pour les problèmes d’arthrite juvénile d’une des fillettes. Lorsqu’il n’est pas en fonction, l’appareil devient hermétique.

Pas de violence

La preuve contre Sorella était entièrement circonstancielle. Rien ne prouvait la présence des enfants dans la chambre hyperbare. Mais les petites ne portaient aucune marque de violence. Et la possibilité d’une mort naturelle simultanée de deux jeunes en parfaite santé était exclue.

Selon la Couronne, la mère avait l’opportunité exclusive de tuer ses filles.

Sorella était en effet la dernière à avoir été vue avec les enfants avant leur décès. La défense privilégiait la thèse qu’une tierce personne aurait pu commettre ces meurtres, rappelant que le père des deux fillettes, le mafioso Giuseppe De Vito, trempait dans le crime organisé. Il était en cavale au moment du drame.

Parmi les erreurs de droit que la défense reprochait à la juge Carol Cohen, de la Cour supérieure, on note ses directives floues sur le doute raisonnable. La notion est pourtant primordiale en droit criminel, puisqu’un jury doit être convaincu « hors de tout doute raisonnable » que l’accusé a commis le crime.

« Même si la juge dit qu’il est impossible de prouver une chose selon la norme de la certitude absolue, elle dit aux jurés que la preuve n’a pas à atteindre la certitude, sans le qualificatif “absolu”. En soi, cela crée une ambiguïté ou équivaut à leur dire qu’ils n’ont pas à être certains de la preuve de la poursuite », a écrit le juge Martin Vauclair, de la Cour d’appel.

Le jury a aussi fait parvenir une question à la juge quant à cette notion, sans obtenir de réponse claire.

« La juge, en n’y répondant pas adéquatement, ajoute un problème », peut-on lire.

La Cour d’appel conclut également que la présentation de la vidéo de l’interrogatoire policier de l’accusée au jury a été « préjudiciable ».

« Préjudiciable »

En quatre heures, Sorella réitère son droit au silence 90 fois, soit toutes les trois minutes. Lors des plaidoiries, la Couronne a plutôt insisté sur le comportement « post-délictuel » de la femme, proposant qu’elle avait quelque chose à cacher. La juge aurait dû « écarter cette invitation inappropriée ».

La magistrate a aussi « engendré de la confusion » en abordant, dans ses directives, la notion de défense pour troubles mentaux, alors qu’il n’en avait pas été question. Adèle Sorella était en liberté pendant son procès. Elle est détenue depuis sa condamnation à la prison à vie.

► Giuseppe De Vito, arrêté en 2010 au terme d’une cavale de quatre ans, a été tué au cyanure dans sa cellule en juillet 2013, moins d’un mois après la condamnation de sa conjointe Adèle Sorella.