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La SQ ne ménagera pas les Hells

Une nouvelle escouade mise sur pied pour déstabiliser les motards et tolérance zéro contre leur intimidation

Hells Angels Sanair
Photo d’archives, Antoine Lacroix La SQ promet de traquer sur une base quotidienne les 70 membres des Hells Angels et les 187 membres de leurs clubs supporteurs éparpillés partout au Québec, comme ceux photographiés cet été à Sanair.

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Armée d’une nouvelle « force de frappe » antimotards, la Sûreté du Québec promet d’être « dans les pattes » des Hells Angels et de les traquer comme ils l’ont rarement été par le passé.

C’est la priorité que le directeur général de la SQ, Martin Prud’homme, a fixée à ses troupes avant d’aller prendre les rênes de la police de Montréal pour un an à la demande du gouvernement, a appris Le Journal.

Il a autorisé la création de « l’Équipe d’intervention », une nouvelle escouade permanente pour intensifier la lutte contre les motards et intervenir sur les lieux de chacune de leurs démonstrations de force. Les Hells sont surveillés de près par des policiers de cette brigade, en fin de semaine, pendant les festivités de leur 40e anniversaire.

Combattre le feu par le feu

« M. Prud’homme en a clairement fait sa priorité, a confirmé l’inspecteur Guy Lapointe. Les motards sont plus présents que jamais. Ils s’affichent en toute impunité et par l’intimidation. On va combattre le feu par le feu. On sera là en nombre nous aussi et on ne les laissera pas faire. C’est tolérance zéro. »

Les Hells Angels seront suivis à la trace par une nouvelle escouade policière de la SQ dans les événements publics où ils débarquent en forte délégation. On les voit ici au Bike & Tattoo Show à Laval, en 2016.
Photo d’archives, Joël Lemay
Les Hells Angels seront suivis à la trace par une nouvelle escouade policière de la SQ dans les événements publics où ils débarquent en forte délégation. On les voit ici au Bike & Tattoo Show à Laval, en 2016.

Hier soir, des policiers avec des vestes bien identifiés à la lutte au crime organisé étaient légion au Centre Bell où des membres des motards ont assisté à un gala d’arts martiaux mixtes.

Durant la soirée, des agents de renseignements ont rafraîchi leurs albums, caméras vidéo et appareils photo à la main. Ils se sont fait rapidement repérer par les motards, qui ont pris l’affaire sans se fâcher, souriant même pour leurs objectifs.

Discours percutant

Martin Prud’homme, un ex-enquêteur de l’escouade Carcajou, a livré un discours enflammé à la rencontre annuelle des 300 officiers-cadres de la SQ cet automne, selon nos sources. Il a fait un parallèle entre « la montée » des Hells d’aujourd’hui et ceux de « Mom » Boucher qui « ont attaqué » le système judiciaire et les médias, durant la guerre des motards.

Martin Prud’homme, <i>directeur général de la SQ</i>
Photo Chantal Poirier
Martin Prud’homme, directeur général de la SQ

« On va mettre notre pied à terre, je vous le garantis. On n’acceptera jamais de se laisser intimider », a-t-il déclaré en substance.

En termes imagés et percutants, il a comparé la lutte au crime organisé à « une game de football où il ne faut pas laisser un pouce carré » de terrain aux rivaux.

« Les motards sont à peu près 300 en comptant leurs sympathisants. Nous, on est 5700 à la Sûreté et 15 000 en incluant nos partenaires des corps policiers municipaux. Ils vont nous avoir dans les pattes chaque jour », a-t-il renchéri en prônant l’union des forces entre les Verts et les Bleus.

Lors de cette même allocution en septembre dernier, M. Prud’homme a spécifiquement décrié l’intimidation des motards au Festival western de Saint-Tite et à l’exposition agricole de Saint-Hyacinthe, où ils ont vendu des objets promotionnels avant qu’un reportage dans Le Journal incite les autorités à les chasser.

Le nouveau patron du SPVM a aussi relaté qu’à l’époque de Carcajou, il a entendu des apprentis motards se vanter d’avoir cassé le nez d’un policier dans l’espoir d’accélérer leur promotion au sein des Hells.

Cet automne, le scénario s’est répété quand un policier du Groupe Éclipse, la brigade du SPVM qui patrouille dans les coins chauds du centre-ville de Montréal, a été frappé au visage par un sympathisant des Hells, selon nos renseignements.

« On va leur mettre de la pression, les déranger et les déstabiliser », a prévenu M. Prud’homme.

- Avec la collaboration d’Antoine Lacroix

 

Le portrait en 2017

Les Hells Angels sont de retour en force. Et ils contrôlent maintenant le marché québécois de la drogue au complet. « La province est rouge partout », ont affirmé au Journal des policiers bien au fait du crime organisé, en faisant référence à la domination du gang surnommé la « Big Red Machine ». Voici le portrait actuel des Hells Angels au Québec, en cinq faits saillants. Eric Thibault

Un quasi-monopole

Pour la première fois de leurs 40 ans d’histoire, les Hells Angels contrôlent le marché des stupéfiants sur la quasi-totalité du territoire québécois. Selon nos informations, les motards auraient laissé le secteur de Rivière-des-Prairies, à Montréal, à la mafia italienne, affaiblie par ses guerres de pouvoir intestines et des frappes policières. Et c’est à peu près tout. Les Hells perçoivent une taxe (ou une cut) de 10 % des recettes de vente de drogue auprès des trafiquants à qui ils « louent » leur territoire. Même la mafia leur paie cette taxe, ce qui était impensable il y a 20 ans.

Un « mur » à percer

La bande compte sur une douzaine de clubs supporteurs — l’équivalent des « clubs-écoles » de l’époque de Maurice « Mom » Boucher, qui ont disparu après l’opération Printemps 2001 — regroupant pas moins de 187 membres. Du jamais-vu. Ces « petits clubs » sont impliqués dans les activités criminelles du gang sur le terrain, pour éviter aux Hells full patch de se salir les mains. « Les Hells ont bâti un mur autour d’eux pour les protéger », a imagé un enquêteur avec qui Le Journal s’est entretenu.

Cocaïne et « pilules »

Nos sources sont formelles : les Hells ont la mainmise sur deux marchés beaucoup plus profitables que le pot, qu’ils ont pratiquement délaissé. Ils dominent la production et la vente des drogues de synthèse comme la méthamphétamine (speed ou « pinottes »), écoulées à fort volume au Québec et exportées aux États-Unis. Chaque comprimé coûte cinq sous à produire. On le vend 5 $. Et maintenant, ils importent eux-mêmes la cocaïne qu’ils vendent au Québec grâce à leurs contacts au Mexique, ainsi qu’en République dominicaine et en Équateur, deux pays où les Hells québécois ont parrainé la création de chapitres du gang. « Ils n’ont plus vraiment besoin de la mafia », d’après un de nos informateurs.

En punition

Nos sources croient que la section sherbrookoise des Hells est « en punition » parce que c’est dans ses rangs que la SQ a recruté le délateur principal de l’opération SharQc. Sylvain Boulanger a été payé 2,9 M$ pour trahir ses ex-frères d’armes. D’anciens membres sherbrookois ont d’ailleurs intégré d’autres chapitres des Hells, ailleurs au Québec et en Ontario.

Pas de chef officiel

Aucun Hells Angels ne s’affiche officiellement comme chef de l’organisation au Québec. Mais les policiers nous signalent que certains membres des chapitres de Trois-Rivières et de Montréal, qui ont reçu leurs patchs durant la fameuse guerre des motards, exercent actuellement beaucoup d’influence et d’autorité sur le reste du gang. D’anciens Rock Machine ayant joint les rangs des Hells après cette guerre, comme Salvatore Cazzetta et Gilles Lambert, ont joué un rôle accru à la tête du club après l’opération SharQc, mais seraient maintenant plus effacés.

 

Les Hells Angels au Québec

Chapitre de Québec

  • 13 membres en règle
  • Clubs supporteurs : Dark Souls (South Side)

Chapitre de Trois-Rivières

  • 16 membres en règle
  • Clubs supporteurs : Beast Crew, Deimos Crew, Devils Ghosts (Saguenay), Gladiateurs (Saint-Jean), Reapers (Est de Montréal)

Chapitre de Montréal

  • 20 membres en règle
  • Clubs supporteurs : Headhunters (Drummondville), Devils Ghosts (Montréal et Sherbrooke), Minotaures (Ouest de Montréal)

Chapitre South (Rive-Sud)

  • 21 membres en règle
  • Clubs supporteurs : Demons Choice, Death Messengers Brotherhood

Chapitre de Sherbrooke

  • Suspendu depuis l’opération SharQc de 2009

Au total

  • 70 membres en règle des Hells Angels présentement en liberté au Québec
  • 6 prospects (futurs membres potentiels)
  • 6 hang around (apprentis)
  • 12 clubs supporteurs approuvés par les Hells
  • Ces clubs de la relève comptent présentement 187 membres dans la province