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Le kirpan en avion : trois semaines plus tard, on comprend tout

Le kirpan en avion : trois semaines plus tard, on comprend tout
Photo d'archives, Agence QMI

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Vous vous rappelez, il y a trois semaines, de cette décision du gouvernement de Justin Trudeau consistant à autoriser les lames de 6 cm et moins en avion ? Avant, ces lames devaient obligatoirement se trouver dans le bagage allant en soute, tout comme la poudre pour bébé, les sels de bain, et tout liquide de plus de 100 ml chacun. Le ministre Marc Garneau justifiait la décision en évoquant qu’il « y a beaucoup de personnes qui aimeraient avoir un petit couteau ou une lame pour se faire les ongles ou pour différentes raisons... ». Pour des raisons de sécurité, on peut tous comprendre que ce n’est pas le temps de se refaire une beauté quand on est à bord. C’est pour ça que les dentifrices et les shampoings n’ont pas d’affaire dans notre sac à main. C’est aussi pour ça que les lames de rasoir vont continuer à être interdites même si elles font moins de 6 cm. Il y a aussi un moment propice au bricolage, et ce n’est pas pendant les heures où on est dans le ciel, d’où le fait que les exactos ne sont toujours pas autorisés. Mais pourquoi les limes à ongle ? La vérité, c’est qu'il s'agissait d'un accommodement caché sous les « lames de 6 cm et moins », avec les limes à ongles, pour ne pas oser dire qu’on permet le kirpan parce qu'on veut permettre le kirpan.

On pouvait cependant se questionner sur le choix du moment. Pourquoi, pour le gouvernement, était-il important de plaire à ce moment précis à la communauté sikhe ? Il est vrai que cette dernière est très représentée à la Chambre des communes, avec 17 députés (dont cinq portent le turban), et 4 ministres sur 30.

Mais il y a plus, et la réponse se trouve en Colombie-Britannique. Il y a aujourd’hui quatre élections partielles dans quatre provinces différences. Les résultats sont prévisibles dans trois de ces quatre circonscriptions. Le seul comté réellement disputé est celui de Surrey-Sud-White-Rock. Lors de l’élection générale de 2015, la candidate conservatrice ne l’avait emporté que par 3 points sur la libérale. À ce moment, le Parti conservateur était battu, à l’échelle nationale par le Parti libéral. Depuis, Justin Trudeau a connu sa lune de miel, mais les conservateurs ont aussi remonté depuis l’arrivée d’Andrew Scheer. Deux candidatures notoires s’affrontent aujourd’hui : l’ancienne ministre Kerry-Lynn Findlay pour le PCC, et l’ancien député provincial et ex-maire de la ville de White-Rock, Gordie Hogg, pour le PLC. Il est donc très clair que nous assistons à une lutte dont l'issue est imprévisible. Justin Trudeau a d’ailleurs mis les pieds deux fois dans la circonscription depuis le déclenchement de l’élection partielle, preuve que rien n’est joué et que le parti au pouvoir tient à gagner le comté.

Quel est le rapport avec la décision de permettre le kirpan en avion ?

La circonscription compte 4,5 pourcent de sikhs, un pourcentage plus élevé que la moyenne nationale. Dans une circonscription contestée, où une élection partielle garantit toujours un taux de participation très faible, où chaque vote comptera, il est vital de mobiliser certaines clientèles clés. Ajoutons à cela le facteur Jagmeet Singh, un sikh pratiquant. Il n’est donc pas impossible que plusieurs membres de cette communauté se reconnaissent dans le nouveau chef du NPD, peut-être au point de marquer la différence entre une victoire et une défaite pour le PLC. Il fallait donc que le parti de Justin Trudeau lui offre quelques bonbons.  

Le clientélisme libéral sera-t-il, ce soir, couronné de succès ? La réponse dans quelques heures...