/news/society
Navigation

Nombre record de détenus de fin de semaine dans les prisons québécoises

Les «intermittents» excédentaires doivent s’entasser dans les gymnases

DM couturier-07
Photo d'archives Daniel Mallard En septembre 2016, la protectrice du citoyen soulignait que les centres de détention étaient mal adaptés pour accueillir les détenus intermittents.

Coup d'oeil sur cet article

Un nombre record de détenus de fin de semaine doit s’entasser dans les gymnases des prisons québécoises, qui sont loin d’avoir l’espace nécessaire pour accueillir ces contrevenants.

Le nombre de personnes condamnées à purger leur peine de façon discontinue est passé de 5564, en 2014-2015, à 6361, en 2016-2017, selon les données fournies par le ministère de la Sécurité publique (voir encadré).

« Toutes les fins de semaine », les contrevenants qui se présentent à la prison Talbot à Sherbrooke sont logés au gymnase et « dorment sur des matelas déposés au sol », peut-on lire dans une demande d’accès à l’information obtenue par notre Bureau parlementaire. Même scénario à la prison de Bordeaux, à Montréal, où environ 150 « intermittents » s’y présentent le week-end.

Les gymnases ne suffisent parfois pas à loger la clientèle excédentaire, qui doit trouver refuge dans « d’autres endroits dans l’établissement », confirme le ministère. Des intermittents sont aussi forcés par moment de purger leur peine dans des cellules de palais de justice, faute de place à la prison, révèle le Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec.

La situation est « problématique », confirme le président Mathieu Lavoie. « C’est préoccupant, on n’a plus de place, dénonce-t-il. Et c’est la clientèle régulière qui écope, ça augmente les tensions parce qu’on diminue les activités les fins de semaine. »

Isolement

Parce qu’ils entrent et sortent régulièrement de la prison, les intermittents doivent être isolés de la clientèle régulière compte tenu des risques d’intrusion et de trafic de stupéfiants ou d’objets illicites. En l’absence de secteurs attitrés dans plus de la moitié des établissements, estime M. Lavoie, le gymnase constitue la « solution de recours pour assurer la sécurité ».

« Vous seriez surpris à quel point quelqu’un peut devenir un container humain, explique-t-il. Même s’ils sont fouillés à nu. Il n’y a pas de machine à rayons X pour les passer un après l’autre. »

Une augmentation « importante »

Le ministère de la Sécurité publique confirme l’augmentation « importante » du nombre d’intermittents. Par courriel, le porte-parole Olivier Cantin avance que les prisons québécoises ont environ 400 places – incluant les matelas dans les gymnases – pour accueillir les quelque 600 intermittents qui transitent simultanément dans ces établissements tous les week-ends.

M. Cantin a signifié que le ministère pourrait revoir la « vocation de certains secteurs » des prisons en fonction de « l’évolution du taux d’occupation des places disponibles par les personnes qui purgent leur peine de manière continue et celles qui la purgent de manière discontinue ».

— Avec la collaboration de Marie-Christine Trottier

Nombre de détenus intermittents

  • 2014-2015: 5564
  • 2015-2016: 5828
  • 2016-2017: 6361