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Capitales menottes

Dominique Anglade, Claude Gagnon et Martin Cauchon
Photo Pierre-Alexandre Maltais Le prêt annoncé par la ministre ne sert pas la nécessaire protection d’une presse régionale forte et indépendante.

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Tout le monde s’entend sur un point : avoir une presse régionale forte et diversifiée est essentiel pour la démocratie. Si elle ne jouit pas de l’indépendance nécessaire pour faire son travail, toutefois, ça ne dit rien qui vaille.

C’est la principale préoccupation générée par ce prêt accordé par Québec à Groupe Capitales Médias (GCM). Les journaux du Groupe, qui ont appuyé le Parti libéral aux dernières élections, auront de l’aide pour développer des applications numériques qui semblent pourtant déjà exister.

Est-ce donc un soutien pour rembourser leurs factures ?

Entente à la pièce

La nouvelle surprend. Encore récemment, on s’inquiétait que de petits journaux régionaux se trouvent littéralement muselés lorsque vient le temps de critiquer des roitelets municipaux, parce que leur publication était dépendante des revenus publicitaires que leur fournissait leur administration.

Voilà maintenant que l’ancien ministre libéral Martin Cauchon place les journalistes et la direction des entreprises de presse qu’il possède dans la même situation, cette fois vis-à-vis du gouvernement actuel. Il y a là de très sérieuses questions à se poser.

C’est d’autant plus inquiétant que ce prêt généreusement consenti ne vise pas à répondre aux revendications de la Coalition pour la pérennité de la presse d’information au Québec, dont font partie des journaux de propriétés diverses. Il s’agit d’une entente négociée à la pièce, au seul bénéfice des membres de GCM.

Approche arbitraire

Évidemment qu’il faut réfléchir à la pertinence de créer un programme ou de débloquer des fonds pour soutenir la presse, un autre enjeu qui n’intéresse pas Justin Trudeau et Mélanie Joly, par ailleurs. Il est toutefois difficile d’appuyer sereinement cette approche arbitraire.

Il y aurait aussi lieu d’exiger que l’élaboration de telles politiques soit faite de la manière la plus transparente possible, ce qui a certainement manqué avant l’annonce d’hier, précédée d’un coulage stratégique.

Bref, ce prêt et le contexte dans lequel il est accordé, à moins d’un an des élections et pendant cette fièvre nouvelle des dépenses, ne remplissent pas les conditions nécessaires pour protéger l’indépendance des médias qui en bénéficient. Ni pour nous rassurer quant aux motivations du gouvernement libéral.

Il est difficile de ne pas soulever l’ironie de voir un tel cadeau octroyé à une entreprise de presse dont les chroniqueurs se sont régulièrement inquiétés, dans le passé récent, d’une prétendue ingérence dans le travail des collègues des médias concurrents. On imagine aisément les cris d’orfraie qui s’élèveraient si c’était un autre groupe qui profitait des largesses du gouvernement d’une couleur politique différente.

Crédibilité et indépendance

Pour toutes ces raisons, le prêt annoncé par Dominique Anglade avec le soutien de Philippe Couillard ne sert pas la nécessaire protection d’une presse régionale forte et indépendante. Au contraire, il la menotte, en théorie comme en pratique.

Pour s’en convaincre, il s’agit de se mettre dans la peau d’un éditorialiste qui, à la veille des prochaines élections, s’installera au clavier pour écrire son traditionnel papier pour inviter les lecteurs à appuyer le Parti libéral. Pourra-t-il alors vraiment s’attendre à être considéré comme crédible et indépendant ?

Manifestement, ce n’est pas une préoccupation du propriétaire du Groupe Capitales Médias.

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