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Un Maxime Chattam à la fois très noir et moins noir que d’habitude

Un Maxime Chattam à la fois très noir et moins noir que d’habitude
Photo Jean-François Robert

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Les romans permettant d’évoquer les principaux problèmes de société, Maxime Chattam en a profité pour aborder un thème dont on entend, hélas, de plus en plus souvent parler...

En 2013 et en 2014, avec La conjuration primitive et La patience du diable, Maxime Chattam nous a tour à tour permis de découvrir et d’apprécier Ludivine Vancker, l’une des jeunes recrues les plus prometteuses de la Section de recherches de la gendarmerie de Paris.

Ce qui, en 2017, n’empêchera pas cette talentueuse enquêtrice de tomber tête première dans la gueule du loup. Dès les premières pages de L’appel du néant, le troisième et tout nouvel opus de la série Ludivine Vancker, on apprendra en effet qu’elle a été séquestrée par un prédateur insatiable ayant déjà plusieurs meurtres sur la conscience. À commencer par celui qui, deux ans plus tôt, a obligé Ludivine et ses collègues à travailler de conserve avec Marc Tallec, un agent des services secrets français dont la spécialité est de surveiller et de traquer les islamistes radicaux.

« En 2011, j’ai été au Liban parce que je savais qu’un jour, j’allais écrire sur le terrorisme, explique Maxime Chattam au cours de l’entretien exclusif qu’il nous a accordé fin novembre. Je tenais à rencontrer des gens du Hezbollah afin de mieux comprendre leur idéologie et là-bas, on en trouve partout ! Petit à petit, les éléments se sont ensuite agencés dans ma tête et j’ai eu l’idée de raconter une double prise d’otages à Paris. Mais alors que j’avais déjà écrit plus d’une centaine de pages, il y a eu les attentats de Charlie Hebdo

et du magasin Hyper Cacher. Ça m’a complètement sonné d’être ainsi rattrapé par la réalité et à cause des ressemblances, j’ai laissé tomber ce livre pour repartir à zéro en imaginant une histoire dans laquelle des extrémistes allaient cibler une salle de concert remplie d’adolescents. Mais après avoir écrit plus de 250 pages, il y a eu, en novembre 2015, l’attentat du Bataclan... »

L’appel du néant, Maxime Chattam
Éditions Albin Michel
528 pages
Photo courtoisie
L’appel du néant, Maxime Chattam Éditions Albin Michel 528 pages

 

Jamais deux sans trois

À ce stade, la plupart des écrivains auraient sans doute carrément jeté l’éponge.

« J’ai d’ailleurs failli le faire, sauf qu’une grande part de mon travail a toujours consisté à disséquer le Mal, indique Maxime Chattam. Et le terrorisme islamiste frappant désormais le monde entier, je ne pouvais pas ne pas en parler, ce phénomène étant le symptôme d’un mal très profond. »

Prêt à remettre pour la troisième fois son ouvrage sur le métier, Maxime Chattam entamera donc la rédaction de L’appel du néant, un livre dont l’intrigue ne devrait en principe jamais se concrétiser.

« Aussi réaliste soit-elle, j’ai ce coup-ci inventé une histoire tellement machiavélique qu’il est presque impossible qu’elle se passe dans la vraie vie ! », ajoute-t-il.

Comme il le précise lui-même, c’est un thriller qui va à 200 à l’heure et oui, on y croisera rapidement un tueur en série particulièrement retors, le choix de ses victimes et son modus operandi échappant à toute logique. Car dans le merveilleux monde d’aujourd’hui, il y a mille et une raisons de se transformer du jour au lendemain en assassin, et l’une d’elles étant directement liée à la propagande djihadiste, Maxime Chattam nous montrera coûte que coûte à quel point il est facile de basculer dans le Daech.

Un contexte hautement explosif qui obligera Ludivine à s’armer de patience pour accepter les étranges méthodes de Marc Tallec, ce dernier ayant entre autres dans sa ligne de mire un imam capable de convertir en bombe humaine qui bon lui semble.

Le pourquoi du comment

Ceux qui suivent Maxime Chattam depuis des années auront ainsi l’immense surprise de découvrir que L’appel du néant est un peu moins sanglant que la plupart de ses précédents thrillers.

« Il y a des morts, mais même dans la fiction, je ne me suis pas senti capable d’accorder quelque victoire que ce soit aux terroristes, précise-t-il. C’est donc un roman qui n’est pas tout à fait comme les autres parce que dès le départ, je ne me voyais pas leur donner raison. »

Et si certains lecteurs lui ont reproché de ne pas avoir assez versé dans le noir, les gendarmes de Paris ont adoré ce nouvel épisode de la série Ludivine Vancker. De un, parce qu’il colle vraiment à l’actualité, de deux, parce qu’il détaille avec réalisme leurs principales techniques d’enquête. L’un dans l’autre, on a nous aussi apprécié ce nouveau Maxime Chattam, qui permet surtout de mieux saisir pourquoi l’ÉI parvient aujourd’hui aussi facilement à recruter et à endoctriner des individus en apparence parfaitement normaux.