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Trudeau et la drogue

Justin Trudeau
Photo d'archives

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Depuis son élection à l’automne 2015, Justin Trudeau fait rêver les Canadiens.

Avec lui, ils sont persuadés d’avoir le premier ministre le plus « cool » de leur histoire. Le Canada est enfin à la mode. C’est probablement pour cela que les Canadiens lui pardonnent tout.

Ils aiment sa personnalité, son optimisme, son élégance et cela même s’ils désavouent certaines de ses décisions politiques, notamment celles touchant au multiculturalisme et aux accommodements raisonnables.

Marijuana

C’est un peu comme si sa personnalité transcendait ses idées.

Mais il se pourrait bien que cette période s’achève, avec le cafouillage entourant le dossier de la légalisation de la marijuana.

On le sait, les provinces comme les municipalités ne savent pas trop comment le gérer. Elles voudraient avoir plus de temps pour se préparer.

Mais le principal obstacle n’est peut-être pas là. On constate que la population elle-même est réservée devant cette décision.

Elle ne s’y oppose pas viscéralement, mais on sent croître son malaise, comme si de vieilles réserves longtemps tues remontaient à la surface. On les taisait pour ne pas avoir l’air vieux jeu, conservateur ou rétrograde. Maintenant, elles s’expriment.

Depuis un demi-siècle, c’est une société incroyablement permissive sur le plan des mœurs qui s’est établie dans le monde occidental.

Les règles morales d’hier semblent terriblement poussiéreuses et on en connaît bien peu qui voudraient les restaurer. Mais une société a besoin de repères et d’interdits. Elle a besoin de poser des balises.

Et le commun des mortels n’en doute pas. Au fond de lui-même, il sait que la société doit planter des repères moraux. Chacun peut les transgresser, mais au moins, il sait qu’il les transgresse. La chose est encore plus importante lorsqu’il s’agit d’éduquer la jeunesse.

Personne ne se fait d’illusion sur l’efficacité des lois contre la marijuana. Elles ne dissuadent pas grand monde d’en consommer. Mais chacun sait que c’est là que se trouve la limite de la drogue tolérée.

Dans les consciences, une borne est visible. Elle semble vieillie et pourtant, elle n’est pas complètement inutile. Si cette borne disparaît, est-ce que nous ne perdrons pas un repère plus important qu’on ne le pense ?

Repères

En ce moment, des hommes et des femmes se le demandent. Sans le dire comme tel, ils reprochent à Justin Trudeau un excès de libéralisme qui entre en contradiction avec l’idée qu’ils se font de la société.

Justin Trudeau ne tombera pas à cause de la marijuana. Mais pour la première fois depuis 2015, on le jugera sérieusement à partir d’une de ses idées politiques. Le charme sera peut-être rompu. À tout le moins, il commencera à se dissiper.

Trudeau deviendra peut-être peu à peu un homme politique comme un autre, qu’on juge sur ses actes et non seulement sur sa personnalité et la couleur de ses bas.

En s’en prenant au conservatisme discret des Canadiens ordinaires, qui est trop souvent méprisé par les grandes vedettes du commentaire politique et médiatique, il est peut-être tombé dans un piège qu’il s’est lui-même tendu.