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En raquette à l'Hôtel Lumkin

1879

Avant Après
du Centre de documentation de Pointe-à-Callière, Collection de cartes postales de Christian Paquin, William Notman, Le Montreal Snow Shoe Club à l’Hôtel Lumkin sur Côte-des-Neiges, 1872, 2013_30_03_510r ;
Photo Pierre-Paul Poulin

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En randonnée sur le mont Royal

Cette scène hivernale à la lueur de la lune nous transporte à la fin du 19e siècle à l’Hôtel Lumkin sur le chemin de la Côte-des-Neiges, non loin de l’intersection de Queen Mary. Se réunissant à l’entrée de l’Université McGill le samedi après-midi, les raquetteurs traversent le mont Royal en chantant, leur flambeau éclairant le chemin. Arrivé à destination, le bivouac est suivi d’un souper à l’hôtel, où les conversations mêlées de rires et de musique génèrent une atmosphère des plus chaleureuse. L’habit des raquetteurs du Montreal Snow Shoe Club intègre plusieurs éléments du terroir : les raquettes, les jambières et les mocassins des Amérindiens, la tuque et la ceinture fléchée des Canadiens français, et le fameux manteau de laine des voyageurs de la compagnie du Nord-Ouest. Ces appropriations vestimentaires permettent à ces immigrants britanniques de se constituer une nouvelle identité... typiquement canadienne. Vers 1880, près de 25 associations de raquetteurs anglophones et francophones existent à Montréal, la plupart d’entre elles abordant un uniforme distinctif.

À l’hôtel du village

En arrière-plan, l’Hôtel Lumkin révèle l’aspect autrefois pittoresque du village de la Côte-des-Neiges. En plus des activités agricoles et forestières, l’industrie du cuir compte 70 tanneurs à Côte-des-Neiges au 19e siècle. Mais c’est l’allure bucolique du village qui attire d’abord l’intérêt des urbains. De grandes villas et établissements d’éducation s’élèvent, de même que plusieurs auberges. L’hôtellerie Lumkin, aussi connue sous le nom « Half-Way House » avant 1877, est l’une des plus populaires. Les amateurs de sports d’hiver viennent s’y restaurer : les hommes commandent un « Tom and Jerry », un mélange d’œufs battus, de lait chaud, de rhum et de muscade, tandis que les femmes préfèrent du vin chaud aux épices ou de la bière ferrée ou poivrée. Les soirées dansantes mettent à l’honneur la valse, la polka, le cotillon, la varsovienne et les quadrilles. Ce lieu de rendez-vous, où on y fait de la musique et des danses jusqu’aux petites heures, disparaît dans un incendie en avril 1936.

À vos marques, sautez !

Photo courtoisie du Centre de documentation de Pointe-à-Callière, Collection de cartes postales de Christian Paquin , The Hurdle Race on Snowshoe, cp_neige_2013_30_20_012

Reconnaissable à son emblème de roue ailée, ce raquetteur de la Montreal Amateur Athletic Association (M.A.A.A.) franchit cette haie avec une étonnante facilité lors d’une course organisée à l’hiver 1892. Pouvant s’élever jusqu’à quatre pieds (120 cm), ces obstacles en font trébucher plusieurs. Les premières compétitions en raquettes sont organisées par Montreal Snow Shoe Club sur une ancienne piste de course à Ville Saint-Pierre, dès les années 1840. Différentes courses prennent place devant une foule enthousiaste, certaines de véritables marathons sur plusieurs kilomètres, d’autres plus courtes, comme celle à obstacles. En plus d’un prix en argent, le vainqueur avait droit à la fameuse bascule, rituel très prisé dans les clubs de raquettes. Cependant, la performance remarquée des Amérindiens amène leur exclusion progressive des compétitions d’amateurs dès 1868, une situation qui va être également vécue à la crosse une décennie plus tard. La pratique de la raquette décline graduellement par la suite, au profit du ski, un sport d’hiver importé en 1872 par un immigrant norvégien, un dénommé Birch.


♦ Chaque année en février, les Amis de la Montagne organisent une course de raquettes sur le mont Royal. 

♦ Les fonds recueillis servent à la mise en place de programmes de conservation des milieux naturels du parc du Mont-Royal. Inscrivez-vous !