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Quand le Québec croulait sous la pluie verglaçante

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La crise du verglas est encore aujourd’hui le plus important et le plus coûteux désastre naturel de l’histoire du Québec. À lire demain, la suite de notre dossier de quatre jours : Un réseau électrique plus sécuritaire aujourd’hui.

Du 4 au 6 janvier

Photo courtoisie

Au retour des Fêtes, une énorme quantité de pluie verglaçante commence à tomber sur le Québec. Le paysage qui a des allures féériques au départ cache la catastrophe à venir. L’épaisse couche de glace qui s’est accumulée sur les arbres et les lignes électriques qui s’écroulent provoquent des bris en cascade. Les premières pannes commencent à se faire sentir, si bien que rapidement, 700 000 foyers sont plongés dans le noir.

 

7 janvier

Photo courtoisie Hydro-Québec

La défaillance de la ligne électrique de Drummondville provoque la première panne cruciale lorsque des pylônes d’acier tombent sous le poids de la glace. Plus de 2 millions de personnes sont désormais privées de courant. Les écoles et entreprises sont forcées de fermer leurs portes.

Photo d'archives

 

9 janvier

Photo courtoisie

La glace continue de s’accumuler. Devant l’ampleur de la catastrophe, des milliers de militaires sont déployés en renfort pour prendre part aux opérations de secours, puis au déblayage des débris. On est maintenant au plus fort de la crise et 1,4 million d’abonnés subissent des pannes. Cela représente environ trois millions de Québécois, soit approximativement la moitié de la population.

 

10 janvier

Photo d'archives

À Montréal, on craint maintenant une panne généralisée, alors que la réserve d’eau potable ne peut suffire à alimenter le réseau que pendant deux heures. Comme c’était déjà le cas dans plusieurs régions, des centaines de citoyens commencent à être évacués par mesure préventive.

On évitera finalement le pire en réalimentant les usines de filtration à la dernière minute.

 

11 et 12 janvier

Photo d'archives

La pluie verglaçante vient enfin de cesser. Mais les dommages sont si lourds et étendus que des pouvoirs spéciaux sont accordés aux policiers pour qu’ils puissent forcer les sinistrés à quitter leur résidence.

Photo courtoisie

Hydro-Québec annonce qu’on aura encore besoin de deux semaines pour réparer les dommages. On était toutefois loin de la réalité, puisque la crise durera presque un mois de plus.

 

13 janvier 

La situation se rétablit tranquillement. Mais plus d’un demi-million d’abonnés sont toujours sans électricité. Le fameux « triangle noir », formé des villes de Saint-Hyacinthe, de Granby et de Saint-Jean-sur-Richelieu, demeure le secteur le plus touché. L’immense lettre Q qui surplombe le siège social d’Hydro-Québec est éteinte symboliquement et la société d’État s’engage à ne pas la rallumer d’ici la fin de la crise. Les autorités notent que la criminalité est en baisse de près de 60 %.

 

14 janvier

Photo courtoisie Hydro-Québec

L’île de Montréal est en grande partie rebranchée, mais la situation perdure surtout sur la Rive-Sud. Des dizaines de milliers de Québécois y subissent des pénuries, mais des commerces commencent à rouvrir leurs portes après 10 jours de fermeture, ce qui permettra aux sinistrés de regarnir leur garde-manger.

 

17 au 19 janvier

Photo d'archives

Depuis le début de la crise, les milliers d’employés d’Hydro-Québec à l’œuvre ont réussi à réparer 460 tours de transmission sur les quelque 3000 structures de transport d’électricité touchées. Malgré leur travail incessant, 500 000 personnes sont toujours privées de courant. Deux semaines après le début de la crise, une importante ligne est enfin remise en service et plusieurs clients retrouvent peu à peu l’électricité. À Montréal, les citoyens peuvent souffler puisque les pannes sont officiellement terminées. Des commerces, écoles et universités reprennent du service, mais on demande aux entreprises du centre-ville de limiter leurs heures d’ouverture.

 

21 et 22 janvier

Photo d'archives

Les militaires commencent à partir à la suite de la diminution des pannes. Il reste 200 000 foyers privés d’électricité, principalement sur la Rive-Sud de Montréal. On annonce une aide financière pour les agriculteurs, particulièrement les producteurs laitiers et les acériculteurs, qui ont été durement touchés.

 

26 janvier 

Le poste de Saint-Césaire, en Montérégie, est remis en fonction. Le « rebranchement » de ce poste névralgique donne un coup de main aux résidents du fameux « triangle noir ». Malgré les réparations, 150 000 Québécois sont toujours privés d’électricité. On révèle que près de 400 000 réclamations d’assurance, totalisant environ 475 millions $, ont déjà été soumises par des citoyens. 

 

28 janvier

Photo d'archives

Afin de rassurer les Québécois ébranlés, le premier ministre Lucien Bouchard (à droite) et le président-directeur général d’Hydro-Québec André Caillé ont tenu une conférence de presse quotidienne tandis que la province subissait ce désastre naturel. Alors que la fin de la crise pointe à l’horizon, M. Bouchard annonce la tenue d’une commission d’enquête pour déterminer si la catastrophe a été bien gérée. Déposé l’année suivante, le rapport de la commission Nicolet émet des réserves sur la fiabilité du réseau d’Hydro-Québec et juge que la Sécurité civile du Québec s’est avérée inefficace. Quelques jours plus tard, le ministre de la Sécurité publique indique qu’on forcera désormais les municipalités à adopter des plans d’urgence et à les maintenir à jour. 

 

31 janvier

Photo d'archives

Des milliers de résidents de la Rive-Sud entament une quatrième semaine sans électricité.

Photo courtoisie

Un mois après le début de la crise, encore 50 refuges demeurent ouverts. Chaque nuit, près de 2000 personnes viennent toujours s’y abriter. Au plus fort de la crise, pas moins de 450 refuges avaient ouvert leur porte et environ 140 000 personnes ont dû y dormir au moins une nuit. Le premier ministre Bouchard avait aussi lancé un appel à la générosité, invitant les Québécois à abriter chez eux des sinistrés.

 

1er et 2 février 

Près de 20 000 abonnés encore touchés. Hydro-Québec annonce que son réseau, réparé en vitesse, est instable et pourrait flancher à nouveau. 

 

6 février 

Le dernier client d’Hydro-Québec est rebranché. La crise est terminée.

 

La crise du verglas

Photo courtoisie Hydro-Québec
  • 110 millimètres de verglas tombés sur le sud du Québec du 5 au 10 janvier 1998. C’est presque le triple des précipitations reçues habituel­lement lors de précédentes tempêtes de verglas.
  • 1,4 M: Nombre de ménages privés d’électricité au plus fort de la crise.
  • 75: Nombre d’heures de précipitations verglaçantes consécutives. Le Québec reçoit normalement de 20 à 30 heures de verglas par année.
  • 2 M: Nombre de Québécois qui ont dû manquer des jours de travail.
  • 57%: Proportion de la zone urbaine du Québec touchée par la crise.
  • 26 000: Quantité de poteaux en bois cassés en raison du verglas.
  • 3000: Nombre de structures de transport, majoritairement des pylônes, endommagées.
  • 612 000: Nombre de réclamations envoyées aux assureurs, d’une valeur de 1,3 milliard $ en dommages aux véhicules, aux habitations et aux autres propriétés.
  • 11 000: Militaires ont été déployés au Québec au plus fort de la crise.
  • 250 M$: Évaluation des pertes financières pour les entreprises québécoises.
  • 163 000: Nombre de vaches dans les secteurs touchés, qui a affecté les producteurs laitiers. Près du quart des 21 millions d’entailles d’érables à sucre au Québec qui se trouvaient aussi dans les zones les plus affectées.
  • 1 milliard: Coût de rétablissement immédiat et de reconstruction des structures après le verglas pour Hydro-Québec.
  • 56%: Proportion de la population du Québec qui vivait dans une région où il est tombé au moins 40 mm de pluie verglaçante.
  • 700: Nombre de municipalités touchées à des degrés divers par le verglas.
  • 150 000: Superficie touchée en km2. Ça représente l’équivalent de l’Irlande.
  • 12: Nombre de décès au Québec pendant la crise : neuf attribuables au monoxyde de carbone et trois cas d’hypothermie.

 


♦ Recherche : Frédérique Giguère. Sources : Hydro-Québec, Institut de prévention de désastres catastrophiques, Bureau d’assurance du Canada, Institut de la statistique du Québec, rapport Pour affronter l’imprévisible : Les enseignements du verglas de 98, Environnement Canada.