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Poursuivis pour 162 000$ pour un escalier mal déneigé

Un facteur s’est blessé sérieusement en livrant le courrier dans une résidence de Laval

Stéphane Di Lauro
Photo Catherine Montambeault L’ancien facteur Stéphane Di Lauro estime que les propriétaires de maisons et de logements ne se soucient pas assez du danger que peuvent représenter leurs escaliers mal déneigés. « Les gens se lèvent, ils vont travailler et ils ne déneigent pas », déplore-t-il.

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Le gouvernement fédéral poursuit un couple de Laval pour 162 000 $ parce qu’un facteur serait tombé dans l’escalier mal déneigé de son immeuble.

« Les gens ne déneigent pas, ils s’en foutent carrément, déplore le facteur impliqué dans cette affaire, Stéphane Di Lauro. Mais nous, on est là tous les jours, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il fasse 30 degrés ou -30 ! »

M. Di Lauro livrait le courrier à une résidence de la rue de Brignoles dans le quartier Laval-des-Rapides lorsqu’il a glissé sur une plaque de glace dissimulée par la neige accumulée sur l’escalier, relate-t-il.

« J’avais des crampons sur mes bottes, mais quand j’ai mis le courrier dans la boîte, le pied gauche m’a parti. Je suis tombé directement sur l’épaule », indique l’homme de 44 ans.

Depuis l’accident survenu en janvier 2015, l’employé de Postes Canada a travaillé quelques mois à temps partiel avant d’être placé en arrêt de travail à cause de sa blessure à l’épaule droite, selon la poursuite. « À partir de ce jour-là, tout a dégringolé, explique-t-il. Aujourd’hui, j’ai mal 24 heures sur 24. Tout est un calvaire : me brosser les dents, me faire à manger, essayer de dormir, n’importe quoi. »

Négligence ?

Comme Stéphane Di Lauro a été dédommagé par le régime québécois d’indemnisation des accidents de travail, c’est au Procureur général du Canada que revient le droit d’intenter un recours contre les propriétaires de l’immeuble pour leur « négligence » présumée.

C’est avec consternation que les propriétaires, Grazio Di Cristo et Céline Ladouceur, ont appris qu’on les poursuivait.

« Personne n’a obligé le facteur à venir livrer le courrier chez nous ce jour-là, s’indigne M. Di Cristo. J’ai déjà été aide-facteur, et quand il y avait une certaine quantité de neige, nos patrons nous disaient de ne pas monter une seule marche. »

Grazio Di Cristo admet n’avoir pris le temps de déneiger son escalier extérieur qu’à son retour du travail le jour de l’accident. « Mais il a neigé toute la journée, alors même si on avait déneigé l’escalier le matin, la neige aurait continué de s’accumuler », souligne-t-il.

« Bon père de famille »

Selon Me Patrick Henry, avocat spécialisé en responsabilité civile, les propriétaires de logements sont tenus de prendre les moyens pour éviter les accidents.

« Mais la perfection, surtout au Québec en hiver, n’existe pas, mentionne-t-il. Les conditions météo sont tellement changeantes qu’on ne peut pas demander aux propriétaires d’avoir des lieux parfaitement déneigés en tout temps. »

Pour gagner sa cause, le Procureur devra être en mesure de prouver que le couple de Laval n’entretenait pas son immeuble comme le ferait « un bon père de famille », indique l’avocat du cabinet RSS.

Par ailleurs, les contrats d’assurance habitation protègent généralement les propriétaires en cas de dommages involontaires causés à un tiers, précise aussi Me Henry.