/entertainment/shows
Navigation

Éloize fait l’histoire en Arabie saoudite

Le cirque québécois a joué devant un public mixte, une première là-bas

Le Cirque Éloize a dû remplacer le numéro où une contorsionniste se fait porter par cinq hommes, car les hommes et les femmes ne peuvent se toucher sur scène.
Photo d'archives, JOCELYN MALETTE Le Cirque Éloize a dû remplacer le numéro où une contorsionniste se fait porter par cinq hommes, car les hommes et les femmes ne peuvent se toucher sur scène.

Coup d'oeil sur cet article

Le Cirque Éloize a contribué à écrire une page d’histoire de l’Arabie saoudite la semaine dernière. Pour la première fois, ce royaume intégriste du Moyen-Orient a permis que des acrobates féminines jouent sur scène, devant un public mixte. Et c’est la création québécoise Cirkopolis, modifiée pour répondre aux normes conservatrices du pays, qui a été présentée.

Pour pouvoir se produire là-bas, la compagnie québécoise devait accepter de faire quelques changements à son spectacle. « Pour ce qui est des costumes, il a fallu mettre des manches aux femmes et allonger les pantalons, dit le fondateur du Cirque Éloize, Jeannot Painchaud. Elles ne pouvaient pas avoir les bras et les jambes nus. »

Un numéro où une contorsionniste se faisait porter par cinq hommes a dû être remplacé par une prestation d’une soliste équilibriste. La raison ? Les hommes et les femmes ne peuvent se toucher sur scène.

Un autre numéro où un clown essayait d’imiter une contorsionniste a aussi dû être modifié, car les deux artistes se touchaient. « On l’a transformé en duel de trois hommes et trois femmes, dit Jeannot Painchaud. Les hommes essaient d’imiter les contorsionnistes, sans les toucher. Il y a une espèce de rigolade entre eux. C’est devenu le plus gros succès du spectacle. »

Public séparé

Le Cirque Éloize a dû remplacer le numéro où une contorsionniste se fait porter par cinq hommes, car les hommes et les femmes ne peuvent se toucher sur scène.
Photo courtoisie Cirque Éloize

Malgré ces restrictions, Jeannot Painchaud n’a jamais hésité à vouloir emmener son cirque en Arabie saoudite. « Quand tu es invité chez quelqu’un, il y a certaines règles qu’il faut respecter. [...] Ce n’est pas en restant chez vous et en chialant que tu changes le monde. Quand tu as une opportunité d’aller dans des pays comme ça plus difficiles, il faut la saisir. »

À Dammam, la semaine dernière, le public était divisé en deux sections : l’une familiale et l’autre pour les hommes seuls. « La troupe m’a dit qu’elle n’a jamais vu une réaction aussi forte ailleurs dans le monde », dit Jeannot Painchaud.

Ce n’est que quelques jours avant Noël que la compagnie québécoise a été approchée pour aller se produire dans cette région du Moyen-Orient. La troupe devait donner trois représentations de Cirkopolis à Dammam, dans une salle de 2000 places, et trois autres dans la capitale Riyad, devant près de 2500 personnes chaque soir.

« C’est un contrat qui est arrivé assez dernière minute, fait remarquer Jeannot Painchaud. Il y a eu quand même des questionnements de certains artistes à savoir si c’était une bonne chose d’aller là. Mais je trouvais ça important de peut-être contribuer à changer les mentalités. »

 

Un pays en mutation

Le nouveau prince-héritier de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a annoncé un plan de réformes économiques et sociales d’ici 2030, pour limiter sa dépendance au pétrole. Déjà, voici les mesures qu’il a prises l’an dernier :

  • Les femmes auront le droit d’obtenir un permis de conduire. Cette mesure doit entrer en vigueur à partir de juin.
  • Les femmes peuvent prendre place dans un stade. En septembre dernier, des centaines de Saoudiennes sont allées dans un stade de Riyad à l’occasion de la fête nationale.
  • En décembre, un concert exclusivement féminin a eu lieu à Riyad.
  • Malgré tout, les femmes sont toujours placées sous la tutelle d’un homme. Elles doivent avoir son autorisation pour sortir, travailler, se marier, ouvrir un compte en banque et se faire ausculter par un médecin.