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La belle-mère en politique, une expression de «mononcle»?

La belle-mère en politique, une expression de «mononcle»?
Photo d'archives, Agence QMI, Joël Lemay

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Quand un ancien chef du Parti québécois ose prendre la parole et s’immiscer dans le débat politique, certains journalistes et chroniqueurs s’amusent à utiliser l’expression « belle-mère » pour le qualifier.

On a dit cela de Parizeau, Bouchard, Landry et voilà qu’aujourd’hui, c’est au tour de Pierre-Karl Péladeau d’être affublé d’un tel qualificatif. Belle-mère, sérieux? Si l’expression colorée est entrée dans les mœurs politiques au début des années 80, près de 40 ans plus tard, ça ne fait pas un peu mononcle comme expression?

Première longue entrevue de PKP depuis sa démission, la belle-mère est en ville.

11 h 30, aujourd’hui. Je suis étendue sur la chaise du dentiste pour un long traitement, un écouteur dans une oreille. Je syntonise la radio de Radio-Canada comme souvent. Au micro, deux journalistes dont j’estime beaucoup le travail : Martine Biron, correspondante parlementaire à Québec et Michel C. Auger qui anime Midi info avec brio. Or, voilà qu’ils échangent sur la première longue entrevue que l’homme d’affaires et ancien chef du Parti québécois, Pierre-Karl Péladeau, a accordée depuis son départ fracassant de la politique, il y a un plus d’un an et demi.

Les journalistes relatent que PKP a confié à Catherine Perrin, animatrice de Médium large, que sa garde partagée, sanctionnée par le tribunal, se vit bien. Il ajoute que sa fille de 9 ans, Romy, lui a suggéré de retourner en politique. Des « confidences » faites à la veille du caucus du PQ qui se tiendra les 24 et 25 janvier à Shawinigan. Une rencontre des troupes souverainistes qui se voulait « le moment Lisée », pensent les professionnels de l’info. À la fin de la conversation, ils ajoutent :

Martine Biron : « Les belles-mères sont toujours très actives au Parti Québécois et M. Péladeau joue dans ce film-là. »

Michel C. Auger : « Je pense que M. Péladeau a reçu sa carte de belle-mère, c’est évident! »

La belle-mère de Claude Ryan

Un peu plus tard au téléphone, Michel C. Auger m’a rappelé que c’est le libéral Claude Ryan qui avait utilisé la première fois cette expression en 1981 alors que Robert Bourassa voulait faire un retour en politique lors d’une élection partielle. L’homme politique aux déclarations souvent malhabiles avait mentionné que ce n’était pas une bonne idée d’avoir la belle-mère dans le ménage! L’image a frappé les esprits. Depuis, le terme a pratiquement un caractère historique pour les chroniqueurs politiques qui l’utilisent désormais davantage pour qualifier les anciens chefs péquistes que libéraux. Une façon colorée, populaire et un peu drôle pour définir l’ancien chef qui vient se mêler des affaires de son successeur. Je veux bien, mais c’est aussi une façon de perpétuer le stéréotype de la belle-mère intrusive et désagréable qui fourre son nez partout!

Claude Ryan est également celui qui est entré en politique, « guidé par la main de Dieu ». Pensez-vous qu’un politicien oserait dire quelque chose de semblable aujourd’hui? Poser la question, c’est y répondre.

Le cliché de la bonne femme, belle-mère, qui a toujours son mot à dire sur tout – particulièrement quand on ne veut pas l’entendre – et la « main de Dieu » : deux symboles d’une même époque. Une période révolue.

Signé une belle-mère, fière de l’être, qui se mêle de ses affaires